Québec solidaire exhorte la CAQ à investir dans le métro de Montréal

MONTRÉAL — Les usagers du métro de Montréal constatent quotidiennement de visu la vétusté du réseau. Québec solidaire exhorte le gouvernement caquiste à remédier à la situation en réclamant la part de la province dans le nouveau Fonds pour le transport en commun du Canada, en vigueur depuis le 1er avril.

«Je demande à la première ministre Christine Fréchette d’aller chercher le 5 milliards de dollars, l’argent des Québécois et des Québécoises qui dort encore dans les coffres d’Ottawa pour le transport collectif. Cet argent-là nous appartient. Alors que toutes les provinces ont eu leur part du gâteau, ici, le gouvernement de la CAQ a tergiversé et nous a fait perdre un temps précieux», a déploré la porte-parole Ruba Ghazal, jeudi, en point de presse devant la station De l’Église, l’une des cinq les plus mal en point du réseau, située dans l’arrondissement de Verdun.

«Madame Fréchette, profitez de vos bonnes relations avec Mark Carney pour aller chercher l’argent des Québécois et des Québécoises et l’investir en transport collectif et dans notre métro, qui a un grand besoin d’amour», a-t-elle ajouté.

Comme la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, l’a exprimé il y a deux semaines au Sommet Climat Montréal, Mme Ghazal est «tannée d’attendre après Québec et Ottawa pour qu’ils s’entendent sur les investissements en transport collectif».

«Pendant qu’ailleurs dans le monde les villes développent leur métro en même temps qu’elles l’entretiennent, ici, on est obligé de quémander de l’argent, on attend, on attend, puis on fait du surplace. Ce n’est pas à la hauteur de ce qu’on est et de ce que devrait être le transport collectif en 2026. Ce n’est pas normal que notre métro tombe en ruine.»

La porte-parole de QS considère que «le métro n’est pas n’importe quelle infrastructure de transport, c’est la colonne vertébrale de Montréal». Soixante ans après sa mise en service, «cette colonne vieillit et a besoin d’un traitement choc».

Pour Mme Ghazal, il est cependant «hors de question» que la facture soit refilée aux contribuables.

«Ce qu’on vit aujourd’hui, ce n’est pas un hasard, c’est le résultat d’un sous-investissement chronique par le gouvernement actuel, mais aussi par les gouvernements précédents depuis les 10, 20 dernières années. On veut éviter que les gens qui utilisent le métro soient obligés de compenser ce sous-investissement. Ce n’est pas aux usagers du métro de Montréal de payer, parce que le transport collectif n’est pas un luxe, c’est un besoin essentiel», a-t-elle déclaré, soulignant qu’«il y a urgence d’agir».

«Ça ne s’invente pas!»

D’ailleurs, le hasard a voulu que le point de presse de QS se soit déroulé peu de temps après une panne généralisée du métro ayant perturbé l’heure de pointe matinale. Vers 7 h 50, le service a dû être interrompu sur la quasi-totalité du réseau pendant une vingtaine de minutes en raison d’un incident nécessitant l’intervention des services d’urgence.

«Ça ne s’invente pas!, a lancé Mme Ghazal à son arrivée devant les journalistes. Ça fait partie du quotidien des Montréalais et des Montréalaises, et ça leur occasionne beaucoup de problèmes. Ce n’est pas une anecdote. On voit une augmentation très forte des interruptions de service dans les dernières années.»

Présent à ses côtés, le responsable du parti en matière de transports, Etienne Grandmont, a dénoncé lui aussi la situation, chiffres à l’appui. Il a rapporté que les pannes sont en hausse de 133 % dans les dix dernières années et que la moitié d’entre elles sont causées par des enjeux d’infrastructure.

En outre, plus de la moitié des stations (35 sur 68), le tiers des tunnels et 60 % des structures auxiliaires, qui renferment les équipements électriques et mécaniques du métro, sont considérés comme étant en mauvais état, selon le dernier Plan annuel de gestion des investissements publics en infrastructures.

«Si on ne s’attaque pas à ce problème, on risque la paralysie», a prévenu M. Grandmont.

Il craint que Montréal vive le même scénario qu’à New York en 2017, lorsque la période estivale avait été surnommée «Summer of Hell» («L’été de l’enfer»).

«Après des décennies de sous-investissement dans les infrastructures du métro de New York, le métro a fini par être paralysé complètement, des voies étaient complètement déformées, des tunnels et des stations étaient fermés. La ville de New York, en 2017, a complètement été paralysée. Est-ce que c’est ce qu’on veut ici, à Montréal?»

À l’heure actuelle, le déficit d’entretien du métro de Montréal est évalué à 7 milliards $. Les projections sont de l’ordre de 9 milliards $ pour 2030.

«9 milliards de dollars, ça dépasse largement la capacité de payer de la Ville de Montréal, des usagers et de la STM», a soutenu M. Grandmond.

Il juge que «les dernières décennies ont été un grand fiasco pour le financement du transport collectif, particulièrement du métro de Montréal».