Les hypertrucages sur X montrent le besoin de réglementation, selon des groupes

OTTAWA — Des groupes de défense des femmes et des enfants soutiennent que la récente vague d’hypertrucages sexuels sur le réseau social X montre que le gouvernement doit créer un organisme de réglementation numérique.

«Cela souligne l’importance d’une réglementation au Canada dans ce domaine et nous devons agir rapidement afin de pouvoir traiter adéquatement ce type de problème lorsqu’il se présente», a avancé Lloyd Richardson, directeur des technologies au Centre canadien de protection de l’enfance.

M. Richardson et Rosel Kim, avocate principale au Fonds d’action et d’éducation juridique pour les femmes, ont tous deux plaidé pour la mise en place d’un organisme de réglementation numérique, similaire à celui proposé par le gouvernement libéral en 2024.

Mme Kim a expliqué qu’un organisme de réglementation spécialisé, doté de pouvoirs de réglementation et d’application de la loi, pourrait lutter contre la violence sexiste facilitée par la technologie en offrant des recours juridiques, un soutien direct, de la recherche et de la sensibilisation.

Ces dernières semaines, la prolifération d’hypertrucages à caractère sexuel créés par l’agent conversationnel d’Elon Musk, Grok, a déclenché une vague de réactions négatives à l’échelle mondiale. Ces hypertrucages visaient principalement les femmes et, dans certains cas, les enfants.

Bien que la technologie permettant de créer des hypertrucages à caractère sexuel ne soit pas nouvelle, X l’a rendue facilement accessible en autorisant les utilisateurs à demander à Grok de modifier des images directement sur la plateforme. Cette fonctionnalité est désormais réservée aux utilisateurs payants.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a indiqué que permettre la diffusion d’hypertrucages était un «comportement impensable» et a averti que si la Silicon Valley ne réagissait pas, l’Europe le ferait, a rapporté Politico lundi.

La Malaisie et l’Indonésie ont annoncé en fin de semaine qu’elles bloqueraient l’accès à Grok, et une interdiction est également envisagée au Royaume-Uni.

Le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, a déclaré dimanche que le Canada n’envisageait pas d’interdire X; une idée qui a été évoquée au Royaume-Uni.

La décision de M. Solomon a été saluée par M. Musk sur X, qui a partagé un message à ce sujet et y a ajouté un drapeau canadien et une émoticône en forme de cœur.

Le gouvernement libéral a présenté la loi sur les préjudices en ligne en 2024. Entre autres mesures, ce texte aurait imposé un délai de retrait de 24 heures pour les contenus qui victimisent sexuellement un enfant ou revictimisent une victime, ainsi que pour les contenus intimes partagés sans consentement, y compris les hypertrucages.

Le projet de loi prévoyait également la création d’une commission de la sécurité numérique chargée d’administrer et de faire appliquer la loi, ainsi que la nomination d’un ombudsman pour soutenir les utilisateurs des médias sociaux. Il n’a pas été adopté avant le déclenchement des élections de 2025.

Une porte-parole du ministre de la Culture, Marc Miller, n’a pas répondu directement à la question de savoir si le gouvernement comptait déposer de nouveau ce projet de loi.

«Si l’intelligence artificielle offre d’immenses possibilités, elle présente aussi de réels défis. C’est pourquoi notre gouvernement s’attache à établir un cadre solide et systémique pour la sécurité et la gouvernance de l’IA, et s’engage à agir rapidement pour mieux protéger les Canadiens, et en particulier les enfants, contre les préjudices en ligne», a souligné Hermine Landry.

Un projet de loi déposé par le gouvernement à la fin de l’année dernière criminaliserait les hypertrucages à caractère sexuel, mais les défenseurs des droits estiment que cela ne suffira pas à régler le problème.

Un porte-parole de M. Solomon a indiqué dimanche que des discussions étaient en cours «avec les gouvernements alliés et les différents ministères canadiens».

Les femmes particulièrement touchées

Mme Kim a affirmé que les femmes qui ont dénoncé ce problème se retrouvent de plus en plus souvent la cible d’hypertrucages. Les femmes et les personnes de diverses identités de genre sont touchées de manière disproportionnée, ce qui les pousse à se taire, a-t-elle précisé.

«Cela porte gravement atteinte à leur liberté d’expression et à leur capacité de participer à la vie publique, car il semble que la seule solution réellement efficace soit de rendre son compte privé», a-t-elle ajouté.

Suzie Dunn, professeure adjointe de droit à l’Université Dalhousie, a indiqué avoir entendu certains affirmer que les femmes ne devraient tout simplement pas publier de photos en ligne.

«Parce qu’il s’agit d’un problème clairement lié au genre, on dit en substance aux femmes de se taire et de rester à leur place. Et je pense que c’est un problème très grave auquel les gouvernements doivent accorder une attention particulière», a-t-elle déclaré.

Mme Dunn a précisé que parmi les juridictions dotées d’une législation sur la sécurité en ligne figurent l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Certains pays, comme la France et le Royaume-Uni, proposent des lignes d’assistance téléphonique aux personnes victimes de cyberharcèlement.

«Ici, au Canada, lorsqu’une personne subit ce genre de préjudice, il existe très peu de ressources spécifiques où elle peut obtenir de l’aide en décrochant son téléphone», a-t-elle mentionné.

«Le Canada présente d’importantes lacunes législatives, mais aussi d’importantes lacunes en matière de services sociaux permettant aux gens d’obtenir le soutien approprié», a-t-elle fait savoir.