La poursuite tente de démontrer que Tamara Lich et Chris Barber ont «comploté»

OTTAWA — Les procureurs au procès de deux organisateurs du «convoi de la liberté» plaident que les accusés ont conspiré pour bloquer des rues et paralysé le centre-ville d’Ottawa, l’année dernière, dans le cadre de leur manifestation contre les mesures de santé publique liées à la COVID-19.

La poursuite allègue que ce «complot» a commencé le 29 janvier 2022, lorsque Tamara Lich et Chris Barber ont dirigé un convoi de manifestants vers Ottawa pour une manifestation massive et perturbatrice qui aura duré finalement plus de trois semaines dans la capitale fédérale.

Tamara Lich et Chris Barber sont accusés de méfait, d’intimidation et de plusieurs autres accusations liées au fait d’avoir conseillé à d’autres d’enfreindre la loi.

Les procureurs soutiennent que Mme Lich et M. Barber ont travaillé si étroitement ensemble que les preuves contre l’un des accusés devraient s’appliquer aux deux.

Leur objectif commun était de faire pression sur le gouvernement pour qu’il mette fin à la vaccination obligatoire contre la COVID-19, ce que Mme Lich et M. Barber ont déclaré publiquement à plusieurs reprises tout au long de la manifestation.

Pour ce faire, ils ont bloqué les rues et entravé la propriété, a déclaré le procureur de la Couronne Tim Radcliffe. 

La défense a demandé à la juge de rejeter l’allégation de complot, au motif que la manifestation à Ottawa n’était pas violente et qu’il n’est pas illégal de planifier une manifestation.

Mais la Couronne cherche à maintenir l’allégation de complot jusqu’à la fin du procès.

Le procureur Radcliffe a souligné jeudi au procès plusieurs textos envoyés par M. Barber au premier jour de leur arrivée à Ottawa, où il écrivait que les manifestants perturbaient la ville, dont beaucoup ont garé de gros camions et d’autres véhicules dans les rues près de la colline du Parlement.

«Nous sommes en train de complètement gâcher la ville», a-t-il écrit le premier jour dans l’un des messages texte.

Dans une réponse au message d’une autre personne le lendemain concernant l’embouteillage de la ville, M. Barber a déclaré que c’était déjà bloqué. 

Pas des manifestants «ordinaires»

Mme Lich et M. Barber n’étaient pas simplement des membres de la foule, a soutenu Me Radcliffe.

«Ces deux individus, Mme Lich et M. Barber, ne sont pas des manifestants ordinaires. Ce ne sont pas des membres ordinaires de l’occupation. Ils en sont les dirigeants», a-t-il déclaré.

Mme Lich a été identifiée à plusieurs reprises comme la présidente de l’organisation créée au nom des organisateurs de la manifestation. M. Barber a également été présenté publiquement sur les réseaux sociaux et lors de conférences de presse en tant que leader et l’un des premiers organisateurs de la manifestation.

Le maire d’Ottawa de l’époque, Jim Watson, a également reconnu Mme Lich comme présidente de la manifestation dans le cadre d’un accord qu’il a conclu avec elle, M. Barber et d’autres pour déplacer les camions hors des quartiers résidentiels.

Le tribunal a appris que M. Barber avait pu faciliter le déplacement de plusieurs camions sur la rue Wellington ou hors d’Ottawa grâce à l’entente.

La Couronne entend prouver que tous deux avaient une influence sur la foule et travaillaient ensemble pour arriver aux mêmes fins.

Au cours des premiers jours de la manifestation, Mme Lich a envoyé un message texte à M. Barber pour lui faire savoir qu’elle avait un appel avec le «centre de commandement» de la manifestation. 

«Ils ont une stratégie pour bloquer la ville. Je ne veux pas prendre ces décisions par moi-même», a-t-elle dit à M. Barber dans le message texte du 30 janvier 2022. «OK. Je vais m’habiller», a répondu M. Barber.

Lors d’une conférence de presse quelques jours plus tard, Mme Lich a exposé les demandes du groupe auprès du gouvernement fédéral pour qu’il abolisse la vaccination obligatoire contre la COVID-19.

«Notre départ dépendra du fait que le premier ministre fasse ce qui est juste», a mentionné Mme Lich le 3 février 2022.

La Couronne admet que la police a ordonné à de nombreux camions de se garer sur la rue Wellington, en face de la colline du Parlement, lorsqu’ils sont arrivés pour la première fois à Ottawa.

Toutefois, le procureur Radcliffe a déclaré que les deux organisateurs étaient également conscients que le groupe faisait l’objet d’une surveillance étroite de la part de la police, qui a signalé après le premier week-end de la manifestation que les manifestants n’étaient plus les bienvenus. 

Les messages de la police se sont intensifiés au cours des semaines suivantes, a affirmé Me Radcliffe, et les policiers ont commencé à avertir les manifestants qu’ils pourraient être arrêtés s’ils ne partaient pas.

«Ils sont restés alors qu’ils n’étaient pas les bienvenus. Ils ont continué à faire ce que la police considérait comme illégal», a déclaré Me Radcliffe.

«Ce n’est pas parce que la police dit que c’était illégal que c’est le cas», a répondu la juge Heather Perkins-McVey, présidente de la Cour de l’Ontario.

Me Radcliffe a diffusé une compilation vidéo de 12 minutes d’enregistrements policiers de la manifestation qui démontrent l’énormité de la manifestation qui s’est déroulée pendant des semaines à Ottawa.

«Tout cela n’arrive pas par hasard», a-t-il déclaré, alors que des images de rues bloquées étaient diffusées sur un grand écran de télévision dans la salle d’audience.

Les avocats de la défense de Mme Lich et M. Barber auront l’occasion de répondre aux arguments de la Couronne.