La croissance modeste de l’emploi en mars compense en partie les pertes antérieures
OTTAWA — L’enquête sur la population active publiée vendredi par Statistique Canada révèle une légère amélioration en mars, après plusieurs mois marqués par une forte volatilité, durant lesquels les taux d’emploi ont d’abord bondi avant de chuter.
L’agence indique que les employeurs ont créé au total 14 000 emplois en mars, ce qui correspond globalement aux prévisions des économistes.
Le taux de chômage est resté inchangé à 6,7 %.
Au Québec, l’emploi est resté stable en mars, mais une baisse du nombre de personnes à la recherche d’un emploi a entraîné un recul de 0,5 point de pourcentage du taux de chômage, qui s’est établi à 5,4 %. L’économie québécoise avait perdu 57 000 emplois en février.
Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, s’attendait à un rebond plus important des données sur l’emploi au Canada en mars, après que janvier et février ont entraîné la suppression cumulative de plus de 100 000 postes. Cela a partiellement compensé la forte hausse des embauches enregistrée en fin d’année 2025.
«Nous ne créons pas tant d’emplois que cela, et la croissance de la population active n’est pas non plus très importante. Cela maintient le taux de chômage relativement stable, même si nous estimons qu’il reste élevé», explique M. Grantham.
Variations selon les secteurs
La croissance en mars a été tirée par une catégorie que Statistique Canada appelle «autres services», qui comprend les services de soins personnels et les services de réparation.
Le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques, l’industrie des ressources naturelles et le secteur manufacturier sensible aux droits de douane ont également enregistré des gains d’emplois au cours du mois.
D’une année sur l’autre, le secteur manufacturier a perdu 44 000 emplois par rapport à mars 2025, lorsque les États-Unis ont imposé pour la première fois des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiens.
M. Grantham indique que l’emploi dans les secteurs touchés par les droits de douane semble s’être stabilisé à un niveau plus bas, mais que les autres secteurs de l’économie ne créent pas vraiment d’emplois non plus pour le moment.
Le secteur de la finance, des assurances, des services immobiliers et des services de location et de location à bail, ainsi que l’industrie de l’alimentation et de l’hébergement, ont enregistré les pertes les plus importantes en mars.
Marc Desormeaux, vice-président, politiques et économiste au Conseil canadien des affaires, explique vendredi dans un courriel que les dernières données sur la population active suggèrent que l’impact des droits de douane s’est propagé au secteur des services.
«L’hémorragie s’est arrêtée après deux baisses mensuelles consécutives de l’emploi, mais les données de mars confirment la tendance à la faiblesse du marché du travail observée depuis le début de l’année», ajoute-t-il.
La perte de 19 000 emplois en Colombie-Britannique le mois dernier fait suite à une perte similaire en février, faisant grimper le taux de chômage de la province à 6,7 %. Il s’agit du taux de chômage le plus élevé enregistré dans la province depuis environ une décennie, hors période de pandémie de COVID-19.
Salaire moyen en hausse
Le salaire horaire moyen à l’échelle du pays a quant à lui augmenté de 4,7 % d’une année à l’autre — une hausse par rapport aux 3,9 % enregistrés en février et le rythme le plus rapide depuis octobre 2024.
Statistique Canada précise qu’une partie de la récente hausse des salaires est due à la «composition de l’emploi», ce qui signifie que l’économie ne crée ni ne maintient autant d’emplois faiblement rémunérés qui font généralement baisser la moyenne de la croissance salariale.
Si l’on tient compte des facteurs de composition, la croissance annuelle moyenne des salaires s’établit à 3,6 % en mars, ce qui correspond à peu près aux chiffres de janvier et février.
M. Grantham met toutefois en garde contre toute attente d’une croissance salariale au même rythme, l’économie restant atone.
«Nous avons été surpris de constater une telle accélération aujourd’hui, mais malheureusement, je ne pense pas que cela durera, compte tenu de la faiblesse générale de certains autres indicateurs du marché du travail», dit-il.
Un maintien de taux?
Les données de vendredi constituent le dernier examen du marché du travail disponible pour la Banque du Canada avant sa prochaine décision sur les taux d’intérêt, le 29 avril. La banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 % en mars.
Les paris sur une baisse des taux en avril ont quelque peu augmenté sur les marchés financiers après la publication du rapport sur l’emploi vendredi, mais les chances d’un maintien s’élèvent toujours à près de 93 %, selon LSEG Data & Analytics.
Andrew Hencic, économiste principal à la Banque TD, indique vendredi dans une note adressée à ses clients que les perspectives économiques «restent incertaines», le choc énergétique lié à la guerre en Iran faisant fluctuer les prix et l’issue du conflit restant incertaine malgré les espoirs d’un cessez-le-feu durable.
Il ajoute que la faiblesse de la demande dans une économie atone devrait compenser en partie l’impact inflationniste de la guerre, permettant à la Banque du Canada de rester en retrait pour l’instant.
«Alors que l’économie continue de progresser par à-coups et que l’incertitude est à son comble, les perspectives laissent entrevoir une croissance modérée de l’emploi et un taux de chômage stable», ajoute M. Hencic.
M. Grantham convient que la Banque du Canada reste en mode «attentiste» après la publication vendredi d’un rapport sur l’emploi plutôt mitigé.
Sans le choc pétrolier lié à la guerre en Iran, détaille-t-il, la banque centrale aurait peut-être envisagé dès maintenant des baisses de taux d’intérêt pour soutenir la reprise économique.
Mais les responsables de la politique monétaire doivent désormais se préparer à se prémunir contre la possibilité d’une propagation des pressions inflationnistes liées à la guerre, ce qui, selon M. Grantham, leur lie les mains lorsqu’il s’agit d’abaisser le taux directeur.
Il note toutefois qu’un marché du travail atone aide à protéger l’économie contre une inflation généralisée.
«Étant donné que le marché du travail est assez faible, il sera plus difficile pour un choc des prix de l’énergie de se transformer en pressions inflationnistes généralisées. Nous pensons donc toujours que la Banque du Canada peut et va maintenir ses taux inchangés tout au long de cette année et simplement observer l’évolution de la situation», conclut M. Grantham.
