Il y aura des problèmes techniques le premier mois du DSN, avertit Geneviève Biron

MONTRÉAL — Il faut s’attendre à ce qu’il y ait de petits problèmes techniques les premières semaines après le déploiement du Dossier Santé Numérique (DSN), qui est toujours prévu pour le 9 mai, a confirmé jeudi la présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron.

«Les premières semaines, on va entendre parler de problèmes. C’est normal, parce qu’il y a de petits ajustements à faire», a-t-elle expliqué en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le DSN est très attendu par le corps médical, qui souhaite depuis longtemps un meilleur partage des informations sur les patients. Présentement, il est difficile pour un médecin d’avoir des informations essentielles sur un patient qui aurait vu différents spécialistes au cours des derniers mois ou des dernières années.

Mme Biron s’est par ailleurs réjouie que les médecins spécialistes aient recommencé à participer au DSN.

Rappelons que la semaine dernière, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a demandé à ses membres de remettre l’épaule à la roue dans le dossier informatique. La fédération leur avait demandé d’arrêter de participer aux activités du DSN comme moyen de pression dans le cadre des négociations avec le gouvernement.

La FMSQ a pris cette décision, car elle ne veut pas que de potentiels dysfonctionnements ou retards leur soient mis sur le dos.

«Ils sont de retour, ça monte en force et on est bien contents de ça», a lancé Mme Biron devant une foule de PDG et professionnels du milieu de la santé, jeudi, lors du congrès Première ligne en santé, qui se tient au Palais des congrès de Montréal jeudi et vendredi.

Mme Biron a assuré que la compagnie chargée d’implanter le DSN (la firme américaine Epic Systems) accompagnait Santé Québec dans cette importante transformation numérique dans le réseau de la santé.

À terme, les systèmes informatiques seront centralisés et toutes les données cliniques des patients, notamment les prescriptions de médicaments, seront accessibles à un seul endroit.

La compagnie a averti Santé Québec qu’il y aurait au début du lancement une hausse des billets, qu’on appelle communément «tickets informatiques». «Pendant les premières quatre semaines, ça monte et après ça diminue progressivement. Ils nous ont montré toutes les courbes de tous les déploiements qui ont eu lieu», a fait savoir en entrevue Mme Biron.

Un problème typique serait par exemple un employé qui n’est pas capable de se connecter correctement.

«Je veux le dire tout de suite parce qu’on va en entendre parler et je ne voudrais juste pas qu’on remette tout en question à cause de cette situation de billets qui est potentielle dans les premières semaines d’un déploiement aussi important, mais c’est un logiciel qui est très apprécié dans le monde», a souligné Mme Biron.

Compétition entre les logiciels

Le DSN sera d’abord déployé dans deux régions, soit le Nord-de-l’Île-de-Montréal et la Mauricie-et-Centre-du-Québec. Ces deux projets pilotes devaient être lancés fin novembre 2025, mais Santé Québec avait annoncé mettre sur pause le déploiement dans un contexte où il y avait un dépassement d’une centaine de millions de dollars pour le projet et où autant les omnipraticiens que les médecins spécialistes avaient cessé de participer aux activités du DSN.

Il s’agissait d’un moyen de pression qu’ils avaient mis en place durant les négociations de l’automne avec le gouvernement. Lorsque Santé Québec avait annoncé le report, en octobre 2025, la société d’État avait expliqué dans une déclaration écrite que l’abandon de la collaboration des médecins était un facteur ayant mené au report du DSN.

Selon Santé Québec, «le report n’a jamais été lié au dépassement de coûts». Dans un courriel, une porte-parole assure que «le budget est sous contrôle et respecté».

Une fois les deux projets pilotes sur les rails, la société d’État va mesurer son succès et il devrait par la suite être élargi à la grandeur du Québec.

Selon Mme Biron, il pourrait être bénéfique de ne pas avoir un seul logiciel, mais d’en avoir trois ou quatre, toujours dans l’esprit de regrouper le nombre colossal de différents logiciels qu’il y a présentement dans le réseau de la santé. Pour la présidente, il ne faut pas enlever «la possibilité d’avoir des logiciels compétitifs», car «on devient dépendant de la compagnie».

«Je veux laisser les équipes faire l’évaluation correctement, dit-elle, mais ce serait mieux d’en avoir deux ou trois dans l’ensemble du réseau pour qu’on ait toujours une alternative. On n’est pas à l’abri que quelque chose arrive à la compagnie», souligne-t-elle, sensible aux enjeux de souveraineté numérique qui ont été soulevés dans les derniers mois, notamment avec le fiasco SAAQclic.

Mme Biron souhaite qu’il y ait «quelques alternatives» au DSN, mais elle veut s’assurer que les logiciels soient «interopérables». Autrement dit, quand on branche d’autres logiciels, tout le monde a la même information, ce qui permet un meilleur partage des données sur les patients.

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