Hommage national pour la vie et l’œuvre du musicien Serge Fiori
MONTRÉAL — Le Québec a dit un dernier adieu à Serge Fiori, figure marquante de la musique québécoise, qui laisse derrière lui une «oeuvre immortelle».
Des milliers de personnes sont venues assister mardi à la cérémonie d’hommage national en mémoire de l’artiste à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal.
L’événement, qui a duré près de deux heures, a été entremêlé de témoignages, d’anecdotes et de chansons marquantes de l’auteur-compositeur-interprète.
La cérémonie s’est ouverte avec une allocution du premier ministre François Legault. Il a décrit le cofondateur du groupe Harmonium comme «un génie de la musique, un grand auteur-compositeur-interprète, une figure majeure de la musique québécoise».
«Sa voix chaude, son sourire dans les yeux vont nous manquer, mais il va rester dans nos coeurs comme un sage. La vie, ça passe vite, très vite, trop vite, mais son oeuvre va rester immortelle», a déclaré M. Legault.
Relatant le parcours de l’artiste, le chef caquiste a indiqué que l’homme avait aussi connu des «jours plus sombres, entre autres la maudite anxiété».
«Le fait qu’il a osé parler de son anxiété, je suis convaincu que ça aidait beaucoup de Québécois qui vivent des problèmes d’anxiété de se reconnaître en Serge Fiori. Merci pour ce courage», a affirmé le premier ministre.
Serge Grimaux, ami de longue date et gérant de Fiori, a été le maître d’oeuvre de la cérémonie. Suivant le premier ministre, il a aussi rendu hommage à l’artiste décédé le 24 juin à 73 ans, en évoquant notamment certains moments cocasses.
«Il était humble. Timide? Non. Affable? Absolument. Sincère et animé d’un grand sens de l’humour», a dit M. Grimaux.
Le comédien Luc Picard a rendu hommage à son tour à celui qui a sorti trois albums sous Harmonium: «Harmonium» en 1974, «Si on avait besoin d’une cinquième saison» en 1975 et «L’Heptade» en 1976.
Le bassiste et membre fondateur du mythique groupe progressif, Louis Valois, a suivi.
«On a fait un voyage unique», a-t-il lancé en s’adressant à Fiori et regardant son urne qui trônait sur la scène tout près de sa guitare.
Richard Séguin, avec qui Serge Fiori a formé un duo, a interprété «Ça fait du bien», l’une de leurs chansons qui était sortie en 1978.
L’auteur-compositeur-interprète Michel Rivard a invité à un moment de silence après avoir livré à son tour un témoignage sur son ami et ancien colocataire.
Des convictions soulignées
L’ancien maire de Québec, Régis Labeaume, a causé une ovation debout lorsqu’il a évoqué les convictions souverainistes de Fiori.
«Tu nous auras quittés avec toujours en toi cette immense soif de liberté politique pour les Québécois. Ta vie durant, tu l’as appelé de tous tes voeux le pays, celui du Québec. Tu n’avais jamais accepté qu’on se dise non», a mentionné M. Labeaume.
Plus tard, l’animateur et comédien Normand Brathwaite a souligné l’importance pour l’artiste né à Montréal de chanter en français.
«Serge n’a jamais chanté en anglais. Il aurait pu. Il aurait fait des millions de dollars», a dit M. Brathwaite, invitant les autres artistes québécois à avoir «une petite pensée pour Serge» avant de choisir de se tourner vers l’anglais.
Le rappeur Biz de Loco Locass a aussi fait état des convictions du musicien.
«Alors que certains seraient tentés de pervertir sa mémoire, c’est bon de rappeler que les convictions de ce fils d’immigrants italiens concernant l’indépendance du Québec et la langue française étaient non négociable», a-t-il dit, déclenchant les applaudissements dans la salle.
«Le gars a quand même refusé un million de dollars pour faire traduire L’Heptade en anglais. Respect», a poursuivi le chanteur.
L’humoriste Michel Barrette y est aussi allé d’un témoignage, se remémorant la fois où il s’est retrouvé un peu par hasard à assister à une pratique d’Harmonium en prévision d’un spectacle à Chicoutimi.
La cérémonie s’est conclue avec la chanson «Un musicien parmi tant d’autres», un des importants succès du groupe Harmonium. Après avoir été entonnée par plusieurs artistes, la chanson a été brièvement interprétée par Céline Dion dans une courte apparition vidéo, alors que l’urne et la guitare venaient de quitter la scène.
Debout, le public a ensuite enchaîné en reprenant en choeur les paroles que venait de chanter la chanteuse québécoise: «Où est allé tout ce monde qui avait quelque chose à raconter. On a mis quelqu’un au monde. On devrait peut-être l’écouter».
Le gouvernement Legault avait annoncé à la fin juin la tenue de funérailles nationales, sous la forme d’une cérémonie d’hommage national, en accord avec les souhaits exprimés par la famille et les proches de Serge Fiori.
Dans le cadre de cette journée d’hommages, le drapeau du Québec qui domine l’hôtel du Parlement a été mis en berne de l’aube au crépuscule.
