Gilles Bélanger rencontrera Santé Québec pour aborder un potentiel report du DSN

MONTRÉAL — Il y a plusieurs enjeux entourant le Dossier santé numérique (DSN) qui préoccupent le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Gilles Bélanger. Il rencontrera Santé Québec la semaine prochaine pour discuter si oui ou non il serait préférable de reporter son déploiement qui est prévu le 9 mai.

«Nous aurons des rencontres la semaine prochaine, et peut-être qu’on décidera de reporter, peut-être pas», a dit M. Bélanger, vendredi, précisant qu’il a des rencontres chaque semaine avec Santé Québec.

«Ma collègue [la ministre de la Santé] Sonia Bélanger et moi, on est là pour informer au niveau des enjeux, des risques ou des éléments de réponse. Et si on n’a pas réponse à toutes nos questions, notre recommandation va être de ne pas aller de l’avant le 9 [mai]», a expliqué M. Bélanger en mêlé de presse, en marge du congrès Première ligne en santé (PLS).

La vice-présidente aux technologies de l’information chez Santé Québec, Erika Bially, qui était aussi présente au congrès PLS, a été ferme sur la date du 9 mai. Elle soutient que tout est en place pour faire le lancement du DSN de façon sécuritaire.

Mme Bially a par ailleurs assuré que la relation était encore bonne avec le ministère de la Cybersécurité et du Numérique. «On va discuter avec le ministre Bélanger et son équipe, mais il n’ y a pas des conflits entre nous, pas du tout.»

Protection des données des patients

Le DSN est un projet majeur qui transformera le système de la santé en délaissant le papier et en regroupant les systèmes informatiques. Toutes les données cliniques des patients seront accessibles à un seul endroit, ce qui facilitera grandement le travail des médecins et autres professionnels de la santé.

Le ministre Bélanger s’inquiète notamment de la protection des données en santé des Québécois, puisque c’est une entreprise américaine, Epic Systems, qui est chargée d’implanter le DSN.

«Nous, on va demander la démonstration de chaque ministère ou organisme lorsqu’ils font une transformation numérique, de nous démontrer que les données sensibles sont protégées», a-t-il soutenu.

Mme Bially a rappelé que les données du réseau de la santé québécois, dont celles des patients, seront hébergées à Montréal et à Toronto. «Alors, on est certain qu’il n’y a pas d’enjeux dans ce sens-là», a-t-elle souligné.

Elle a ajouté qu’il y a beaucoup de garde-fous pour renforcer la sécurité. «Il y a des données qui sont cryptographiées, alors on a vraiment des éléments portants de sécurité qu’on a mis en place afin de garantir la protection des données de nos citoyens.»

M. Bélanger a spécifié que si c’était seulement l’enjeu de l’absence de souveraineté des données, il serait à l’aise avec le lancement des deux projets pilotes, le 9 mai. «Si c’était le seul enjeu au niveau des données, je serais prêt à donner le go», a-t-il dit. Ce dernier n’a pas le pouvoir de reporter le DSN, il peut seulement conseiller Santé Québec ou faire des audits.

Bris de services

Parmi les autres préoccupations de M. Bélanger, il y a les délais au niveau des services de santé. «Si au niveau de préparer une prescription ou de transférer un dossier, ça prend une heure de plus, il faut comprendre quel va être l’impact au niveau de la chaîne complète des services», a-t-il soulevé.

Il craint des bris de services et des fermetures de lits dans les hôpitaux. «S’il y a une transition […] pendant 2-3 semaines, c’est peut-être acceptable. Pour le moment, je n’ai pas la certitude», a-t-il lâché.

M. Bélanger aimerait aussi parler de «formation sur le terrain» avec Santé Québec. «J’ai discuté avec [Sonia Bélanger] ce matin et il y a des inquiétudes au niveau la formation de ceux qui vont utiliser le DSN. Parce que c’est quand même un système qui va être utilisé qui va avoir un impact au niveau du service. Si le service est ralenti… déjà le service, on veut l’améliorer», souligne-t-il.

Mme Bially a donné une explication. «C’est pour ça qu’on a diminué le volume, c’est pour diminuer le risque pour les citoyens et les citoyennes. Alors on fait ça exactement pour diminuer les risques parce qu’on va avoir des gens qui vont prendre un peu plus de temps au début pour s’approprier [le système]. Ce sont les premières semaines qu’ils vont utiliser le système. Ça veut dire que la performance va diminuer un peu pour augmenter après», conclut la vice-présidente.

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