Des Canadiens s’inquiètent pour leurs proches pris au cœur des répressions en Iran

OTTAWA — Cela fait neuf jours interminables que Foad Farhani, résident de Toronto, n’a pu prendre des nouvelles de son père, qui lutte contre un cancer de stade 4.

Les parents de M. Farhani, qui sont résidents permanents canadiens, se sont récemment rendus en Iran pour passer du temps avec des proches.

Depuis, le gouvernement iranien a coupé l’accès à internet et bloqué les appels internationaux, alors que les manifestations se poursuivent dans tout le pays. Cela a suscité une inquiétude généralisée parmi les Canadiens dont les proches sont bloqués là-bas, comme M. Farhani.

«Je suis vraiment inquiet pour eux», a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique.

Il a ajouté qu’il était désespéré de savoir s’ils vont bien et si la santé de son père restait stable.

Les manifestations en Iran ont commencé il y a deux semaines en raison de la hausse du coût de la vie. Elles se sont rapidement intensifiées, laissant M. Farhani sans suffisamment de temps pour organiser le départ de ses parents.

Il a noté que les vols à destination de l’étranger sont annulés en Iran. Des jeunes se rendent dans les zones frontalières afin de quitter le pays par la Turquie ou l’Arménie, mais il ne croit pas que ce soit une option pour son père malade et sa mère âgée.

M. Farhani se fait également du souci pour ses jeunes cousins, car ils sont probablement dans la rue, exposés à la violence.

«Ils se joignent à la foule et participent aux manifestations, et je ne sais pas ce qui leur arrive.»

Prise de parole canadienne

Le Canada a condamné l’Iran pour avoir tué et arrêté des citoyens qui protestaient contre le gouvernement.

Dans une déclaration commune publiée vendredi avec l’Australie et l’Union européenne, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a exhorté l’Iran à arrêter «l’usage excessif et létal de la force» contre les manifestants.

Le texte indique que «plus de 40 personnes» ont trouvé la mort aux mains des forces de sécurité iraniennes, bien que des militants affirment que le nombre réel est plus de dix fois supérieur.

«Nous condamnons fermement la mort de manifestants, le recours à la violence, les arrestations arbitraires et les tactiques d’intimidation employées par le régime iranien contre sa propre population.»

Les manifestations, qui ont débuté le 28 décembre, trouvent leur ancrage dans la hausse du coût de la vie en Iran, causée en partie par la volatilité du rial iranien. Elles ont évolué pour se transformer en appels à la démission du guide suprême Ali Khamenei; certains manifestants ont même appelé à la restauration de la monarchie renversée en 1979.

Le premier ministre Mark Carney a déclaré vendredi que les informations sur des violences étaient «très préoccupantes» et a exhorté l’Iran «à garantir la liberté d’expression et de réunion pacifique sans crainte de représailles».

Le chef conservateur Pierre Poilievre a souligné lundi dans son propre message sur les réseaux sociaux que des manifestations contre le régime iranien avaient également été organisées au Canada.

«Les conservateurs sont solidaires du peuple iranien dans sa lutte pour la liberté contre la dictature meurtrière de Khamenei», a-t-il déclaré, ajoutant qu’ils affrontent «la répression, les exécutions et plusieurs décennies d’oppression».

Mina Askari, une autre Iranienne canadienne, aimerait voir plus que des paroles.

Mme Askari, qui vit également à Toronto, a affirmé que le Canada et d’autres pays devraient faire tout leur possible pour aider à rétablir la connexion internet en Iran, afin que les Iraniens «puissent au moins contacter le monde et lui raconter ce qui se passe là-bas».

Comme M. Farhani, elle n’a pu joindre ses proches depuis plusieurs jours, notamment sa mère et son jeune frère.

Mme Askari a indiqué que la dernière fois qu’elle avait parlé à sa mère, celle-ci se trouvait dans une épicerie et se plaignait des prix des denrées alimentaires qui ne cessent de monter avec l’inflation.

«Elle était vraiment très bouleversée et en colère», a raconté Mme Askari lors d’un entretien téléphonique.

Mme Askari a ajouté qu’elle essayait depuis des années de faire venir sa mère au Canada et qu’elle avait inscrit son nom à la loterie dans le cadre d’un programme de parrainage parental en 2020. Mais elle n’a pas encore reçu d’invitation à soumettre une demande.

«Elle est malade et je veux qu’elle soit avec moi ici. Mon frère étudie la médecine. C’est un garçon très intelligent, et je suis vraiment très inquiète.»

Le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2012 et Ottawa a désigné en 2024 une branche de l’armée iranienne, le Corps des gardiens de la révolution islamique, comme organisation terroriste.

M. Farhani a affirmé qu’il comprenait bien que le gouvernement canadien n’avait pas de ligne de communication directe avec l’Iran ni aucun moyen de pression direct sur ce pays, mais qu’il devait au moins «reconnaître que c’est une injustice, que c’est inhumain, qu’il y a un black-out» dans le pays.

«Nous ne pouvons même pas parler, nous ne pouvons pas entendre la voix de nos proches et savoir s’ils sont en vie ou non.»

— Avec des informations provenant de l’Associated Press.