«L’Estrie affiche le salaire moyen le plus bas au Québec»

Par Christian Caron

«L’Estrie affiche le salaire moyen le plus bas au Québec selon des statistiques d’Emploi-Québec. Il y a là un problème sérieux sur lequel il faut réfléchir.» Ces paroles sont celles de Jean Lacharité, président du Conseil central de la CSN en Estrie. Ce dernier était de passage à La Frontalière de Coaticook, mardi soir, à l’occasion d’une tournée au Québec sous le thème «Agir pour le Québec».

Les discussions, qui impliquaient une dizaine d’intervenants provenant du monde syndical régional, ont principalement tourné autour des bas salaires et de la sous-traitance.

Dans l’esprit du président du Conseil central, il ne fait pas de doute que les politiciens ont adopté des lois qui n’ont pas contribué à aider les travailleurs. «Depuis la venue de Jean Charest au pouvoir au Québec, pas moins de 19 lois ont été adoptées sous baillon. Des lois carrément anti-syndicales», déplore amèrement le principal intéressé en précisant que la tournée de la CSN s’arrêtera dans plus de 100 municipalités au Québec. En Estrie, au cours du dernier mois, des assemblées ont eu lieu à Windsor, East Angus, Magog, Lac Mégantic et Sherbrooke. «En peu de temps, signale Jean Lacharité, nous avons été très durement touchés par des pertes d’emplois en Estrie. En fait, selon de récentes statistiques, plus de 12 900 emplois industriels ont été perdus, majoritairement des emplois syndiqués, des emplois dont les salaires variaient entre 14 $ et 20 $ de l’heure. Bon nombre de ces emplois ont été remplacés par du travail dans le secteur tertiaire, ce qui se traduit par des emplois précaires, une baisse de salaire et du temps partiel.»

Toujours à l’aide de statistiques en main, Jean Lacharité a tenté d’illustrer la problématique des emplois. «Si on regarde les emplois industriels chez les moins de 30 ans, on se rend compte que la moyenne de salaire est de 15 $/heure chez les syndiqués, mais qu’il atteint à peine 10 $ de l’heure chez les travailleurs non-syndiqués», d’émettre celui-ci.

Sous-traitance

Jean Lacharité ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle de la sous-traitance, que ce soit dans le secteur privé ou du secteur public. Ainsi, dans un hôpital, la principale raison d’être est de soigner les malades. Or, lorsque vient le temps de négocier les salaires des gens de la cuisine ou de la buanderie, on fait souvent appel à de la sous-traitance. Résultat : une baisse de salaire pour les gens affectés au même travail. Même phénomène pour une école avec les équipes d’entretient.

À Coaticook, on peut parler de Multi-X (sous-contractant de Waterville T.G.) dont les salaires sont moins élevés qu’à Waterville T.G. «J’ai rencontré Jean Charest, Monique Gagnon-Tremblay, Yvon Valières et Pierre Reed ces mois derniers et ils me disent tous la même chose : qu’est-ce que tu veux, c’est le marché… C’est désolant. Comme si l’État ne pouvait plus protéger le bien public des travailleurs», laisse-t-il tomber sur un ton déçu.

France Chantal, conseillère syndical pour la CSN, enchaîne en disant que le Canada se classe au deuxième rang pour les bas salaires chez les pays industrialisés. «Les chiffres disent que 16 % des travailleurs au Canada ne gagnent pas plus de 11 $/heure», affirme la conseillère en répétant que les bas salaires, la sous-traritance et le temps partiel expliquent en grande partie la pauvreté au Québec, principalement dans la région de Montréal.

Selon elle, le phénomène de la mondialisation a contribué à amplifier la situation. Les fournisseurs proviennent de partout dans le monde. Nos travailleurs sont en compétition avec ceux du reste de la planète. Les salaires baissent tout en rendant la syndicalisation difficile. C’est le phénomène Walt-Mart qui s’est répandu dans le secteur industriel.

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