La ferme Daniel Groleau se relève
COMPTON. La nuit du 1er au 2 février aura été de courte durée pour les copropriétaires de la ferme Daniel Groleau, située sur le chemin Cochrane, à Compton. L’un de leurs bâtiments a complètement été rasé par les flammes. Loin de baisser les bras, ils ont plutôt décidé de se retrousser les manches, et ce, quelques heures seulement après le sinistre.
« Ç’a été la pire nuit de ma vie », résume Francis Groleau.
« C’est ma sœur qui m’a réveillé un peu avant 2 h 15, poursuit-il. J’ai ensuite couru jusque chez mes parents [qui habitent à quelques pas de lui] pour les avertir. En attendant les pompiers, je me suis approché du sinistre et j’ai vu notre tank de propane de 500 gallons près des flammes. J’en ai fait part tout de suite à leur arrivée. Si ç’avait explosé, ç’aurait eu l’effet d’une bombe. »
Impliquée dans la comptabilité de l’entreprise familiale, Céline Dugrenier se rappelle elle aussi de cette nuit fatidique. « Je voyais toute notre vie partir en fumée. 43 années de durs travaux et on ne pouvait rien y faire », se désole-t-elle.
Le bâtiment touché était l’usine de transformation et d’entreposage des pommes de terre, la culture principale de l’entreprise agroalimentaire. « Lorsqu’on a acheté, c’était une ancienne grange. On a investi beaucoup d’argent pour la convertir à nos besoins », explique Daniel Groleau, le patriarche de la famille.
À la vue des décombres, il aurait été facile de baisser les bras. Abandonner n’est cependant pas dans l’ADN du clan Groleau. « Le matin même, ça brûlait encore et j’étais sur mon téléphone en train d’appeler du monde pour les avertir de ce qui venait de nous arriver, mentionne Francis Groleau. J’ai appelé un de mes chums de Saint-Amable qui faisait également des patates. Il a repris ma production et ma transformation. C’était quand même 1300 poches de 22 livres qui arrivaient chez lui. Je n’aurais pas pu survivre sans sa collaboration. C’est tellement un bel exemple de solidarité. Même si on est des compétiteurs, on se tient. La production maraîchère, c’est un p’tit monde. Il y a des gens du Lac-Saint-Jean et du Bas-Saint-Laurent qui prennent de nos nouvelles deux ou trois fois par année et pas seulement lorsque nous passons des moments difficiles. Chose certaine, j’aurais fait la même chose pour eux si un incendie avait abîmé leurs installations. »
UN NOUVEAU CONTRAT
Même si la ferme Daniel Groleau compte un bâtiment en moins, l’entreprise entamera tout de même sa septième récolte de pommes de terre un peu plus tard cet été. « On a une cabane à sucre sur nos terres et on la convertira en entrepôt et on utilisera cet espace pour la transformation. Il faudra aussi refaire notre cour pour accueillir les camions et nos transports », signale M. Groleau.
Au total, on compte 350 acres de terrains, dont 220 sont utilisés en culture.
Les principaux clients de la ferme sont des restaurants. Leur production annuelle se chiffre à plus de six millions de livres de pommes de terre.
Au cours des dernières semaines, M. Groleau a signé une nouvelle entente avec la compagnie de croustilles canadiennes Yum Yum. « Cet automne, il y aura peut-être des patates de Compton qui se retrouveront dans vos sacs de chips », dit-il fièrement.
Le marché en épicerie pourrait être une nouvelle avenue. « Celui-ci est plus difficile à percer, dit cependant M. Groleau. Comme nous avons des terres plus rocailleuses, il est difficile de sortir un produit sans défaut. Il faudrait aussi se prémunir d’un système de traitement des eaux pour les laver. Et avec l’Environnement, ce n’est pas facile. »
Père de quatre enfants âgés de 7 à 13 ans, Francis Groleau espère que ceux-ci seront intéressés par ce domaine. « J’aimerais bien acquérir de nouvelles terres. Sans leur aide, ce serait trop difficile. Là, j’en ai assez pour m’occuper au cours des prochaines années », philosophe-t-il un sourire en coin.
