Intelligence artificielle: une situation « inquiétante et malsaine » pour plusieurs artistes de la région de Coaticook

RÉACTIONS. L’arrivée de l’intelligence artificielle dans le domaine de la création musicale inquiète plusieurs artistes de la région. On en parle avec le musicien Marcus Quirion, les chanteuses Sandrine Hébert et Valérie Crête ainsi que le propriétaire du Simoniaque Studio, Simon Beaudry.

Marcus Quirion

« C’est vraiment inquiétant, dit d’entrée de jeu le multi-instrumentiste, auteur et interprète, Marcus Quirion. Présentement, c’est une compétition inutile dans notre milieu et ça fait mal à beaucoup d’entre nous. Ça ajoute énormément de matériel dans le système et dans les plateformes. Il est déjà très difficile de trouver des chansons québécoises en ligne. Imaginez dans quelques années, lorsqu’on sera inondé de faux artistes et de fausses musiques. Ça va être une véritable traversée du désert pour ceux qui voudront écouter de la musique faite ici. »

Aux yeux de ce membre du groupe Weedon, cette technologie devra être encadrée. « Comme tout ce qui est virtuel, ce sera très difficile à réglementer, avance-t-il. La création d’un badge pourrait être un premier pas. Ça pourrait dire aux internautes: »cette musique a été créée sans l’utilisation de l’intelligence artificielle« . Ceux qui n’ont pas nécessairement l’oreille, ça peut être ardu de reconnaître une chanson qui a été entièrement faite par l’IA. Ce mouvement collectif pourrait aider le public à se démêler dans cet univers. »

 

Sandrine Hébert

L’intelligence artificielle est à proscrire entièrement dans le processus de création artistique de Sandrine Hébert. « Ça ne fait pas partie de la façon dont j’écris de la musique et ça n’en fera jamais partie non plus », tranche celle qui a participé à Star Académie, en 2022.

« Je ne suis pas pour ça du tout, poursuit Sandrine. Des chansons produites par l’intelligence artificielle, ça sonne faux. Écrire une chanson, il faut que tu ressentes quelque chose. Il faut que ce soit authentique. C’est ce qui fait qu’elle va résonner auprès de ton public. »

L’artiste propose également une façon de déceler des chansons ou même des artistes entièrement générés par des logiciels. « Il y a d’abord la sonorité. On l’entend, c’est très artificiel, léché, surtout pour les pièces qui sont peut-être un moins travaillées sur d’autres supports. J’ai aussi développé un petit truc de les passer dans l’application Shazam [un logiciel qui permet d’identifier l’artiste et le titre de la chanson]. Si rien n’apparaît, il y a de fortes chances que ce soit un produit de l’intelligence artificielle. »

 

Valérie Crête

« Une chose que l’intelligence artificielle ne peut remplacer, ce sont les spectacles, raconte l’artiste Valérie Crête. Les gens qui consomment de la musique veulent aussi assister à des concerts, des événements et vibrer avec les autres fans. C’est de cette façon qu’il faudra que les artistes se démarquent d’avec leur concurrence artificielle. »

L’expérience sur scène « ne peut être remplacée », à ses yeux. « C’est là qu’il devrait y avoir un tournant important. Les tournées devront être mises de l’avant encore davantage par les artistes. Ça prendra encore plus de place que leur promotion sur les plateformes numériques de ce monde. »

N’empêche, l’intelligence artificielle « est là pour rester ». « Certains travaillent déjà cet outil, même ceux qui ne sont pas réellement des chanteurs dans la vie. Il y a une fille que je suis sur les réseaux qui fait des posts de type spirituel. Elle a décidé de créer une chanson pour motiver ses fans et elle est déjà rendue à plus d’un million de streams. C’es fou. Il y a une petite partie de moi qui est comme tant mieux pour elle, et il y en a une autre qui trouve ça un peu frustrant de la voir réaliser cet exploit sans trop avoir travaillé. »

Valérie Crête, elle aussi, aimerait que des dirigeants se penchent sur cette question afin de réglementer ce secteur.

 

Simon Beaudry

Le propriétaire du Simoniaque Studio, à East Hereford, Simon Beaudry, a entendu plusieurs artistes générés par l’« IA » au cours des derniers mois. « Ce n’est pas mauvais, mais, en même temps, je ne peux pas vraiment encourager ce mouvement. Je ne pense pas qu’au final, ça remplacera les artistes parce que je pense que les gens veulent du vrai. »

Cela dit, Simon Beaudry utilise tout de même les outils d’intelligence artificielle afin de promouvoir les activités de son établissement. « Avec les photos que je prends, je les travaille au niveau de l’infographie. Ça fait un rendu plus punché et qui capte encore plus l’attention. C’est ce qu’il faut faire quand tu te bats contre des milliers d’autres contenus. Je dirais que ça me sauve beaucoup de temps. »