Intelligence artificielle et musique: «Dans ce monde, il n’y a pratiquement aucune limite»

COATICOOK. Bien des gens connaissent Luc Garant comme le propriétaire de Brunelle Électronique, un commerce situé en plein cœur du centre-ville de Coaticook. Depuis peu, ce passionné d’informatique crée aussi des chansons, certaines en quelques minutes seulement, qui sont par la suite écoutées par des centaines de personnes sur les plateformes en ligne. Son secret: l’intelligence artificielle.

Luc Garant l’avoue bien franchement. À la base, il n’a aucun talent musical. “Je n’ai jamais joué d’instrument de musique de ma vie et je n’ai absolument pas l’oreille, confie-t-il. Par contre, la musique, c’est quelque chose qui me fait triper, qui me fait vibrer.”

Son incursion dans l’univers de la création musicale à l’aide de l’intelligence artificielle remonte au début de l’an dernier. “Des clients m’avaient approché pour me demander des formations sur cet outil. J’ai commencé à m’y intéresser. J’ai tâté le terrain pour voir ce qu’on pouvait faire avec tous les programmes qui étaient accessibles en ligne. Ceux qui ont piqué ma curiosité étaient ceux en lien avec la musique. J’ai découvert des plateformes qui me permettaient d’écrire, de composer et de réaliser mes propres chansons.”

Grâce à des programmes tels ChatGPT et Suno, par exemple, un simple flash peut devenir une chanson prête à être écoutée en un claquement de doigts. “Tu peux choisir une voix masculine ou féminine, le style de musique, les tonalités. Tu peux aussi créer des moments forts, des notes à aller chercher ou encore à soutenir plus longtemps. Dans ce monde, il n’y a pratiquement aucune limite.”

D’ABORD POUR LE PLAISIR

Luc Garant crée d’abord ces chansons pour le plaisir. “Je le fais pour moi, lance-t-il. C’est un trip. Ce sont des tunes qui viennent me chercher et que j’ai le goût d’écouter.”

Lui vient aussi l’envie de partager ses “hits”. Son tube le plus populaire, intitulé “Ma petite ville t’appelle”, a été écouté à plus de 3200 reprises depuis sa mise en ligne. “Au début, t’es fier de ce que t’as fait et tu veux que les autres l’entendent. C’est sûr que ça fait un petit velours quand t’as des bons commentaires. Mais, on ne se le cachera pas, il y en a qui ne veulent rien savoir d’une chanson qui provient de l’intelligence artificielle.”

“Ces personnes, je les comprends, tient-il à dire. Sur le web, il y a du matériel qui est franchement mauvais. Même quelqu’un qui ne connaît pas trop ça peut dire que ç’a complètement été fait par l’intelligence artificielle. Quand on y met un peu travail [certaines de ses créations ont nécessité plusieurs heures de peaufinement], on peut arriver à un bon résultat, qui pourrait déjouer n’importe quelle oreille.”

L’arrivée de cet outil peut toutefois venir ébranler toute une industrie. “Je comprends parfaitement le point de vue des artistes. Ils voient ça arriver et ont ce sentiment d'”on va se faire dépasser”. Je compare ça au mathématicien qui a vu l’arrivée de la calculatrice. Ça fait peut-être peur au départ, mais ça lui a quand même permis d’élever son travail d’un cran.”

“Le côté humain sera toujours nécessaire à la création musicale, philosophe-t-il. Il suffit simplement de s’adapter à tous les outils qui nous sont maintenant offerts.”