David Goudreault donne un visage à l’itinérance

LIVRE. « Je voulais montrer que tous les chemins ne mènent pas à Rome, mais qu’ils peuvent mener à l’itinérance », affirme l’auteur David Goudreault, en décrivant son tout dernier roman, Traumathys. À travers ces 400 pages, celui qui est également le directeur artistique de la Grande nuit de la poésie a voulu offrir une vision de la réalité des personnes en situation d’itinérance à une époque où l’itinérance visible n’a jamais été aussi présente.

Traumathys suit le quotidien de Mathys, un jeune homme atteint de schizophrénie qui, à travers ses péripéties, nous ouvre une porte sur les difficultés de la vie dans la rue.

« La toxicomanie est au cœur de la vie dans la rue, les troubles de santé mentale aussi, les ruptures sociales. Mais quand tu prends le temps de regarder derrière, tu comprends qu’il y a plein d’histoires différentes, des gens issus de différents milieux, des personnes éduquées qui ont parfois été universitaires, parfois professeurs… », indique-t-il.

Quatre ans : c’est le temps qu’il aura fallu à David Goudreault pour écrire son plus récent livre. Au fil d’une dizaine de rencontres avec des personnes en situation d’itinérance et des intervenants du milieu, il a voulu mettre en mots ce que vivent ces personnes afin, selon lui, d’offrir la trame de fond la plus fidèle possible à la réalité.

« C’est le projet artistique pour lequel j’ai fait le plus de recherches. J’ai rencontré des gens, j’ai visité des sites d’injection, j’ai appris à administrer du naloxone et j’ai aussi passé beaucoup de temps dans les ruelles de Montréal avec des personnes de la rue », affirme-t-il, ajoutant qu’il s’agit également de son livre le plus imposant en nombre de pages, parce que la réalité qu’il aborde est « complexe ».

Lorsqu’il a commencé à écrire, il savait déjà que l’itinérance serait la trame de fond de son récit.

« Chacun de mes romans peut être lu indépendamment, mais il y a un cycle entre La Bête et Maple. C’est l’exploration de toutes les violences urbaines et modernes. Après la prison, la criminalité et la prostitution, on regarde maintenant l’itinérance, qui reflète la violence économique, un enjeu important qu’il faut nommer et regarder en face », explique-t-il.

Au sommet de son art 

Se présentant toujours comme écrivain et travailleur social, il estime que ce livre représente l’aboutissement de la rencontre entre ses deux professions.

« Autant au niveau des thèmes que du traitement. La particularité des travailleurs sociaux, comparativement à d’autres professions, est d’avoir une vision globale, une analyse des systèmes. Je voulais vraiment offrir différents points de vue : ceux des intervenants du milieu, des personnes de la rue, mais aussi des trafiquants de drogue. Il y a beaucoup d’ancrage dans la réalité », mentionne-t-il.

« C’est mon meilleur livre », affirme-t-il, ajoutant qu’il estime être au sommet de son écriture jusqu’à maintenant. Je suis autodidacte en écriture. J’ai appris sur le tas. C’est à travers mes recueils, mes romans, le slam et mes conférences que je suis devenu l’écrivain que je suis. Mon expérience sur scène m’aide aussi à structurer une narration enlevante qui garde l’attention du lecteur, surtout des plus jeunes. C’est dans ce roman que j’arrive à rassembler toutes mes compétences littéraires » souligne-t-il.

Selon lui, le livre possède également une portée de revendication et de dénonciation. « J’avais envie de mettre le doigt là où ça fait mal, de dénoncer. En fait, de représenter les véritables marginaux en dénonçant toutes les formes d’injustice. […] Je frappe fort et un peu partout. Je dénonce la GRC, mais aussi les militants, les multinationales. Je suis également dur envers ceux qui vivent dans la rue et certains choix qu’ils peuvent faire. Le livre est assez confrontant par moments. »

Documenter la réalité… par la fiction

Derrière ce livre, David Goudreault croit humblement que ses mots pourront servir de trace historique de l’itinérance en 2026.

« Ça pourrait sembler prétentieux, mais honnêtement, je ne pense pas qu’il existe actuellement un portrait de l’itinérance qui soit plus près de la réalité que ce livre. Parfois, la fiction est aussi la meilleure façon de comprendre une réalité », mentionne-t-il.

Il croit également que le roman constitue un outil de sensibilisation à cette réalité et espère qu’il pourra avoir un impact. « Je ne pense pas du tout changer le monde avec ce livre. Je ne sais pas à quel point il aura un impact dans les réflexions des décideurs, mais j’ose espérer, à tout le moins, que le regard de plusieurs lecteurs changera après l’avoir lu.»

« J’avais aussi comme objectif de documenter l’impact de l’isolement social et de montrer à quel point chaque geste de solidarité peut faire une différence », indique-t-il en évoquant le lien qui se crée entre Mathys et Favreau, l’un des personnages du livre.

Questionné sur sa propre vision de l’itinérance, David Goudreault confie que les nombreuses rencontres qu’il a faites au cours du processus d’écriture ont profondément transformé sa perception. Il décrit aujourd’hui le fait de vivre dans la rue comme « une forme de survivalisme extrême ».

« Le quotidien des personnes en situation d’itinérance est beaucoup plus difficile que je le croyais. Ça demande énormément d’organisation, une bonne connaissance du milieu et de la ville dans laquelle tu te trouves. Il faut savoir où aller chercher ses repères, connaître les ressources selon les périodes de l’année et les endroits où dormir. Les villes ne sont pas faites pour les flâneurs », partage-t-il.

Il ajoute que le livre aborde plusieurs autres thèmes, dont l’omniprésence de drogues comme le fentanyl ainsi que la puissance des groupes criminalisés qui en assurent le trafic.

David Goudreault a procédé au lancement officiel de ce sixième roman, à la librairie GGC, mercredi et fera une petite tournée québécoise au cours des prochaines semaines. Également, l’écrivain co-organise la Grande Nuit de la poésie à Saint-Venant-de-Paquette le 15 août prochain avec Richard Séguin.