Report de tarifs douaniers: la direction de Cabico pousse un soupir de soulagement

ÉCONOMIE. Le propriétaire de Cabico, Alain Ouzilleau, entame l’année en poussant un soupir de soulagement. Les droits de douane imposés par l’administration américaine, lesquels devaient entrer en fonction le 1er janvier dernier, sont finalement repoussés en 2027.

“Ç’a été un miracle de Noël, image le dirigeant qui dit avoir passé un temps des Fêtes sur le qui-vive. Honnêtement, on était convaincu que ces nouveaux droits allaient nous être imposés, surtout après ce qui s’était passé avec Doug Ford [le premier ministre ontarien avait lancé une campagne publicitaire anti-tarifaire l’automne dernier, soulevant l’ire du président américain].”

Depuis octobre dernier, les États-Unis imposent des droits de douane de 25 % sur certains meubles. Il était prévu que ces mêmes droits passent à 50 % pour les armoires de cuisine.

“J’ai appris la nouvelle tôt mercredi soir [31 décembre] grâce à un lobbyiste avec lequel on travaille depuis quelque temps, explique M. Ouzilleau. L’information a ensuite été relayée par [la chaîne américaine d’information en continu] CNN.”

Même si ces nouveaux tarifs ont été repoussés, ceux imposés l’automne dernier demeurent. Cabico a donc décidé de couper la poire en deux. L’entreprise coaticookoise absorbe ainsi la moitié des droits et son client paie le reste.

“On a la chance d’avoir d’excellents partenaires qui comprennent cette réalité. On a informé le marché qu’on n’avait pas le choix de partager ces tarifs. Personne dans notre industrie ne possède des marges bénéficiaires qui auraient permis d’absorber des tarifs de l’ordre de 25 %. Même avec la stratégie que nous avons adoptée, les 12,5 % font quand même très mal. Ça nous achète toutefois du temps pour diversifier nos marchés, nos produits et continuer de s’améliorer au niveau de l’efficacité opérationnelle”, insiste le propriétaire de Cabico.

Ces tarifs et l’incertitude économique ont mené à la mise à pied d’une cinquantaine de travailleurs à l’usine de Coaticook en 2025. “Ces dommages, on les espère temporaires. On voudrait bien rappeler nos travailleurs au courant de l’hiver ou au printemps, au fur et à mesure que la confiance de nos consommateurs reprendra”, lance M. Ouzilleau.

RENÉGOCIATION DE L’ACEUM

Le Canada, les États-Unis et le Mexique devraient renégocier leur accord de libre-échange l’été prochain. “Il y aura très certainement de nouveaux amendements, croit le président de Cabico. Je ne crois pas à une abolition complète des droits de douane. J’espère simplement qu’on ne sera plus soumis à sa loi sur la sécurité nationale, ce qui ne fait aucun sens pour des armoires de cuisine.”

“J’espère quelque chose de plus raisonnable, qui ferait du sens pour nos deux pays, poursuit-il. 50 %, c’était complètement irréaliste. 25 %, ce ne l’est pas plus. Je ne crois pas que ça demeurera à ce taux.”

2026 s’annonce tout de même “difficile”, aux yeux du dirigeant. “Il faut donner le temps à l’économie de reprendre confiance. Je me garde de faire des prédictions trop optimistes.”

Cabico voudra quant à elle poursuivre l’automatisation de certains de ses procédés et diversifier ses marchés. “On regarde vers l’Europe et aussi ailleurs au Canada. Le marché américain demeurera notre plus important. Au fil du temps, on s’est bien positionné et on a développé d’excellents partenariats de ce côté de la frontière.”

Le propriétaire de l’entreprise coaticookoise veut aussi faire pression auprès du gouvernement canadien afin qu’il resserre quelques-unes de ses lois. “Il faut continuer d’adresser le problème de base. Pourquoi nous a-t-on imposé des tarifs? Il faut que le Canada arrête d’être une frontière pleine de trous, qui laisse passer des produits asiatiques à très bas prix vers les États-Unis. Ça nuit à notre marché pour plein de produits. Nos élus devront proposer des lois plus strictes pour s’assurer que la compétition reste loyale”, conclut-il.