Martial Gaudreau est la «Personnalité de l’année» du Progrès de Coaticook
COATICOOK. Entre coupes budgétaires dans le monde de l’éducation et décisions délicates, dont l’interdiction du cellulaire dans les écoles depuis la rentrée, les 365 derniers jours du directeur général du Centre de services scolaire des Hauts-Cantons ont été fort occupés. Malgré tout, au cœur de cette “tempête”, il a su préserver l’essentiel: du temps pour sa famille et ses six enfants, aujourd’hui ados et jeunes adultes. Pour toutes ces raisons et bien plus encore, Martial Gaudreau est la “Personnalité de l’année” du Progrès de Coaticook.
“L’année 2025 a été très intéressante et riche en rebondissements, résume-t-il d’entrée de jeu. Quand on y pense, on pourrait regarder ça avec un œil un peu plus noir en disant qu’il y a eu beaucoup d’incertitudes du côté de Québec, surtout dans les coupures qu’on nous a demandé de faire. Ç’aurait pu être une année difficile, en effet.”
“Au contraire, quand les annonces sont sorties, j’ai vu une mobilisation de mon personnel, poursuit M. Gaudreau. Les gens se sont serré les coudes pour éviter qu’il y ait des impacts sur les élèves. Il faut dire que dans un Centre de services scolaire comme le nôtre, le monde qui se lève le matin, c’est pour ces jeunes-là. On a donc regardé vers l’avant en prenant des décisions qui allaient dans l’intérêt des élèves. La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a eu à couper personne. On a déposé notre budget le 30 juin, comme à l’habitude [les Hauts-Cantons ont d’ailleurs été les seuls à le faire en province à cette date], alors que Québec avait donné jusqu’à l’automne pour le faire. Le gouvernement avait annoncé un réinvestissement cet été, ce qui nous a permis de nous conforter dans nos projets. Pour nous, c’est comme s’il n’y avait pas eu de tempête. On a pu regarder en avant.”
Les élèves des différentes écoles secondaires ont eu à vivre une rentrée un peu moins techno cette année. Les cellulaires étant dorénavant interdits dans ce milieu d’apprentissage. “Notre personnel s’est mobilisé et a accompagné les jeunes là-dedans. Après plusieurs mois, je dois dire que cette directive n’a que des effets positifs. À La Frontalière, par exemple, les jeunes interagissent davantage entre eux. On organise des tournois et il y a un gros taux de participation. Par les années passées, il y avait différentes initiatives, mais les jeunes ne venaient pas. Ils restaient assis à la place publique, à regarder leur cellulaire. Là, sans leurs appareils, ils n’ont pas le choix de s’occuper. On revoit une vie chez nos jeunes. Les ligues sportives du midi ont ressuscité, alors qu’elles étaient mortes depuis des années.”
Les dirigeants du Centre de services scolaire des Hauts-Cantons ont également reçu de bonnes nouvelles en matière de réussite scolaire. Les taux de diplomation reviennent à la hausse, à des niveaux prépandémiques. Le taux de décrochage affiche 11 % à Coaticook, alors que la moyenne provinciale est de 15 %. “Nos élèves ont aussi excellé lors des derniers examens du ministère, notamment à l’épreuve écrite de français. On a terminé dans les cinq centres de services ayant le meilleur taux de réussite à ce volet au Québec”, tient à préciser Martial Gaudreau, avec un brin de fierté.
GRAVIR LES ÉCHELONS
Avant d’atteindre la direction générale du Centre de services scolaire des Hauts-Cantons, une fonction qu’il exerce déjà depuis presque douze ans, Martial Gaudreau a occupé une panoplie d’emplois dans le milieu de l’éducation. “Quand j’ai décroché mon bac [en enseignement primaire et préscolaire], c’était une époque où il y avait beaucoup de gens qui sortaient, le contraire d’aujourd’hui. Quand tu allais porter ton CV, tu te faisais dire qu’il y en avait 200 devant toi et que tu serais chanceux d’être rappelé. J’ai donc fait différentes tâches en périphérie de la classe pour demeurer dans le milieu. J’ai été concierge et surveillant d’élèves, tout ça avant d’obtenir mes premiers contrats de suppléance.”
Ces tâches lui permettent aujourd’hui d’avoir une meilleure compréhension de l’organisation qu’il dirige. “Ça élargit mes œillères, image-t-il. Ça m’a permis d’avoir une meilleure considération pour le travail de l’autre. Je sais pourquoi, par exemple, on revendique certaines choses en conciergerie, parce que j’ai fait ce travail.”
Son parcours en enseignement l’a d’abord mené dans l’Ouest canadien, où il a été enseignant en éducation physique dans une école en immersion française en Colombie-Britannique. Il a également obtenu des contrats à l’école Jardin des frontières, à Stanstead, du côté de Coaticook ainsi qu’à Barnston, avant de décrocher son premier poste de direction d’établissement, à East Angus, en 2013. L’année suivante, il remplacera Bernard Lacroix à titre de directeur général de la Commission scolaire des Hauts-Cantons, aujourd’hui rebaptisé en Centre de services scolaire.
Le saut de l’enseignement à la direction a lui aussi été bénéfique. “Quand on est enseignant, notre classe, c’est notre univers. Quand on devient directeur, on voit qu’il y a plus grand qu’une seule classe. L’objectif demeure toutefois le même. On veut accompagner les élèves et le personnel, à avancer.”
LA FAMILLE, UN PAN IMPORTANT

Le parcours de Martial Gaudreau peut sembler exemplaire, mais il est tout aussi impressionnant lorsqu’on sait qu’il l’a réussi en élevant pas un, pas deux, mais bien six enfants. Jongler vie familiale et professionnelle a été parfois compliqué, mais le Coaticookois a toujours su tirer son épingle du jeu. “J’ai d’abord une conjointe extraordinaire [en la personne de Jessica Laliberté]. Elle s’est beaucoup impliquée. Quand j’ai commencé ma carrière, on s’est dit que j’allais en faire un peu plus au travail et elle, un peu plus à la maison. Ç’a été d’un commun accord et c’est comme ça qu’on y est arrivé.”
Aux dires de Jessica, Martial “travaille 70 heures par semaine”. Il est même “risqué” de l’envoyer à l’épicerie. “Puisqu’il vit dans la communauté où il travaille, l’achat d’une seule pinte de lait peut occasionner un délai de livraison hors de l’ordinaire. En effet, même la fin de semaine, Martial prendra toujours le temps de répondre aux gens qu’ils croisent, employés ou parents.”
Malgré tout, ce papa garde du temps pour sa famille. “Il est toujours présent aux parties de sports de ses enfants et ne manque pas non plus les événements importants de leur vie, comme les anniversaires ou encore les remises de diplômes”, fait savoir Mme Laliberté.
Parlant de sport, ce volet a été important pour lui et ses enfants. “Ils ont été inscrits au soccer, au hockey et à la natation. Dans le temps, je coachais même trois équipes. Certains diront que c’était un surplus de tâches. Je le voyais plutôt comme une gestion de mon stress. Pendant que j’étais sur le terrain, je ne pensais pas aux contraintes du travail. Pour moi, ç’a toujours été libérateur de passer du temps avec les enfants dans leurs diverses activités.”
Il retire également une leçon importante du temps où il jouait au baseball et au hockey, du côté de Magog, dans les années 1990. “Je me souviens d’un joueur de hockey qui n’arrêtait pas de s’enfarger dans la ligne bleue. Il était toujours le dernier choisi. On n’était pas nécessairement porté vers lui. Au baseball, c’était un lanceur exceptionnel. Personne ne touchait à sa balle. Pourtant, c’était le même individu. À partir de ce moment-là, j’ai pris un pas de recul. Voyons plutôt l’ensemble des forces d’une personne plutôt que de fixer ses défauts. C’est quelque chose que j’applique encore aujourd’hui dans mon quotidien.”
BIENTÔT LA RETRAITE?
Même s’il est admissible à la retraite depuis un an déjà, Martial Gaudreau se plait trop dans ses fonctions pour y penser. “J’ai encore beaucoup de plaisir au travail. C’est d’ailleurs une phrase que j’ai toujours dite à mes enfants avant une journée à l’école. Je leur disais, va t’amuser. Oui, je fais un travail sérieux, mais il y a toujours une façon de faire les choses de façon plus détendue.”
Le directeur général du Centre de services scolaire des Hauts-Cantons suivra l’actualité gouvernementale au cours des prochaines semaines. Un changement de gouvernement est possible en 2026, avec la tenue des élections provinciales. M. Gaudreau deviendra également un employé relevant du ministre de l’Éducation, selon le nouvel organigramme qui entrera bientôt en fonction.
S’il avait un souhait pour l’année qui vient de débuter, ce serait que “les jeunes s’impliquent davantage à leur école”. “Ils deviendront plus heureux dans leur milieu et moins mis à l’écart”, rajoute-t-il.
Le tout, dans le plaisir, bien sûr!
