Marchand de bonheur: Lise Lapointe, la gardienne des collections du Musée Beaulne
COATICOOK. Préposée aux collections du Musée Beaulne, Lise Lapointe trie et veille sur des centaines d’objets chargés d’histoires, parfois modestes, parfois précieuses. Cette gardienne du patrimoine s’assure ainsi que chaque pièce offerte à l’institution culturelle trouve sa place, à l’abri du temps et de l’oubli.
Lise Lapointe franchit les portes du Château Arthur-Osmore-Norton depuis 30 ans déjà. Elle garde un souvenir très vif de la première fois qu’elle y est entrée pour offrir son aide. « À l’époque, je combattais une maladie et ma fille commençait l’école, raconte-t-elle. Ma mère m’avait dit de me reposer un peu, mais moi, je voulais m’impliquer malgré tout, faire du bénévolat. J’ai donc pensé au Musée Beaulne. Cette bâtisse m’a toujours fascinée. J’ai grandi juste à côté, sur la rue Beaulé. Le directeur de l’époque [Pierre Jean] m’a accueillie à bras ouverts. Il n’avait pas d’emploi à me proposer, mais je voulais juste faire du bénévolat. C’est là que j’ai appris les rudiments de mon métier. Après trois années, on m’a confié le rôle de guide-interprète les week-ends. Je me suis donc familiarisée avec toute l’histoire du musée et de la famille Norton. »
Un jour, elle tombe sur Mario Landry, en plein catalogage d’items. « Il m’a demandé si je voulais apprendre à faire ça, se rappelle-t-elle. Ça m’intéressait. Ce qu’il faut savoir, c’est que dans ce temps-là, tout était fait à la main. On cataloguait sur de grandes fiches et on les remisait dans de grands cartables noirs [lesquels se retrouvent aujourd’hui dans son bureau, au deuxième étage du musée]. Approximativement, il y a 19 500 fiches au total. Et je suis certaine qu’il y a encore des choses qui n’ont pas été listées. »
PRÉPARER DES EXPOSITIONS
Quand le premier directeur du Musée Beaulne, Pierre Jean, a quitté ses fonctions, certaines expositions devaient être montées. La personne qui l’a remplacé de façon intérimaire s’est alors tournée vers Mme Lapointe pour lui confier ce défi. « J’ai toujours été très créative et j’ai toujours voulu faire des vitrines, étant petite. J’ai donc accepté ce défi. On est allé voir les réserves et on a dit pourquoi pas mettre en valeur d’anciens vêtements victoriens. On en a de très beaux. J’ai créé des scènes où des couples s’en allaient au bal. Et on a sorti de vieilles photos de gens qui s’apprêtaient à faire la même chose. »
Cette première exposition, au début des années 2000, lui a donné la piqûre d’en proposer d’autres. S’en sont suivis des événements sur les vêtements d’hiver, les uniformes et les petites robes noires. Le rendez-vous qui l’a davantage marquée reste cependant celui autour de la thématique du mariage. « C’était tellement beau. On avait demandé à Marc Laroche, qui avait alors une fleuristerie sur la rue Child, d’avoir une arche, qu’il a décorée de rubans et de fleurs. Je me rappelle aussi avoir eu l’aide d’une jeune du groupe Katimavik. Elle avait confectionné un gâteau en carton et mausus que c’était réussi. »
UN RÔLE ESSENTIEL
En plus d’être la gardienne des collections du Musée Beaulne, Lise Lapointe accueille les personnes qui souhaitent faire un don d’items à l’institution culturelle. La plus belle prise reçue au fil du temps ? Une collection victorienne offerte par une dame de Québec. « Il y avait des épingles à chapeau décorées avec de la porcelaine, des boucles de ceinture et des bijoux de deuil, qui sont assez rares, et qui ont été fabriqués avec du jais et des pierres volcaniques, énumère-t-elle. On a aussi eu de vieux albums, qu’on a déposés dans l’une des chambres, en exposition. »
Une visite à l’ancien Séminaire de Sherbrooke a également épaté la principale intéressée. « Ils voulaient se départir de leur collection, alors on est allé chercher ce qui pouvait être intéressant pour nous, dont un épergne, qui se retrouve dans l’une de nos pièces. »
À l’inverse de trouvailles intéressantes, parfois, il arrive que des gens offrent des objets sans aucune valeur patrimoniale. C’est souvent le cas avec des poupées, fait-elle savoir.
Ce rôle qu’elle joue au Musée Beaulne pourrait donc être décrit comme essentiel. Lise Lapointe, qui aura 65 ans ces jours-ci, compte poursuivre son travail encore quelque temps. « Ce boulot, je l’aime beaucoup. J’ai déjà proposé mes idées d’exposition pour le printemps prochain et celles de Noël en 2026 et 2027. Je pense être organisée. Et tant mieux, parce que ça prend ça pour faire ce travail », conclut-elle.
