L’angoisse d’un jeune couple algérien face à la fin du PEQ

COATICOOK. L’Algérienne Dyhia Mellal travaille au Tim Hortons de Coaticook depuis bientôt trois ans, soit depuis son arrivée au Québec, ou presque. Son mari, un salarié de l’usine Champeau à Saint-Malo, est venu la rejoindre il y a environ un an. Ce jeune couple francophone est heureux et intégré, mais l’incertitude les angoisse depuis l’abolition prévue du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Cette femme de 30 ans apprécie beaucoup son gagne-pain depuis sa courte période d’adaptation et l’obtention de son permis de travail. « On m’a beaucoup aidé, autant les employés que les employeurs qui me faisaient de plus en plus confiance », résume Dyhia.

Elle était éligible à la résidence permanente après deux ans d’expérience sur le marché de travail. Toutefois, la fin du PEQ a bousillé ses plans. « On est maintenant coincé, bloqué et on ne peut rien faire, s’inquiète-t-elle. Je pourrais renouveler mon permis de travail, mais pas mon mari. »

« Notre but est d’avoir notre résidence permanente parce qu’on a tout de même sacrifié beaucoup de choses, en plus d’avoir laissé nos parents au pays, témoigne-t-elle. On souhaite s’installer ici au Québec et à Coaticook pour assurer notre avenir et pour dénicher des perspectives d’emploi plus faciles qu’en Algérie. »

L’histoire de Dyhia Mellal est presque la même que celles de milliers de travailleurs étrangers temporaires venus au Québec, parfois pour tout recommencer à neuf. Le gouvernement a attiré étudiants et travailleurs dans un programme d’immigration accéléré avant de changer les règles du jour au lendemain. « C’étaient de fausses promesses, s’attriste-t-elle. La région aura encore plus besoin de main-d’œuvre si on doit partir, ajoute-t-elle. On est pourtant très utile en faisant notre job correctement. »

PERTES POTENTIELLES D’UNE CENTAINE DE TRAVAILLEURS ÉTRANGERS

La MRC de Coaticook, le Carrefour jeunesse-emploi de la MRC de Coaticook, Accompagnement Québec (ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration) et le Service d’aide aux Néo-Canadiens ont tenu une rencontre d’information sur la fin du PEQ, le 20 février dernier. Une trentaine de travailleurs étrangers y ont assisté pour obtenir des renseignements ou tenter de se faire rassurer.

Patricia Gardner, agente d’accueil et d’immigration à la MRC de Coaticook, est consciente que la région ne peut faire de miracle face aux décisions venant de Québec. Elle fonde néanmoins beaucoup d’espoir sur le changement de chef à la CAQ, qui deviendra le nouveau premier ministre de la province en avril. « On tente de faire pression le plus possible, car nous observons des cas vraiment critiques dans la région, -poursuit-elle. On souhaite le retour du PEQ, plutôt que le nouveau programme, sinon le maintien du droit acquis pour ceux qui sont actuellement en démarche. »

Mme Gardner craint la perte d’une centaine de travailleurs étrangers temporaires avec les changements en vue et en lien avec l’abolition ou la modification du PEQ. Pour elle, ce sont pourtant des gens qui louent des logements, qui ont des enfants à l’école et qui contribuent à la vie économique et culturelle de la MRC. « Ils amènent beaucoup de positif, de la vitalité et du dynamisme », insiste-t-elle.

DES IMPACTS À LA LAITERIE

Myriam Provencher, copropriétaire de la Laiterie de Coaticook, assistait aussi à cette mobilisation du 20 février dernier. Son objectif était de clarifier l’incertitude qui guette l’entreprise, mais surtout sa dizaine de travailleurs étrangers. « On tente de garder espoir, mais on ne sait plus trop s’ils vont être encore ici l’année prochaine, ou même avant » , s’interroge-t-elle.

Cinq Philippins travaillent notamment à la Laiterie depuis trois ans et demi. »Ils sont très qualifiés et on souhaite les garder, mais nous sommes présentement incapables de faire venir leur famille, ce qui joue avec leur motivation« , se désole Mme Provencher.

« On aimerait que le gouvernement nous facilite la vie, termine la copropriétaire de la Laiterie de Coaticook. Ce sont des gens hyper qualifiés et de la main-d’œuvre technique dont on a besoin et qu’on n’est pas capable de recruter ailleurs. »