Au pays du sapin… biologique

STANSTEAD-EST. Le producteur Daniel Laflèche cultive les tout premiers sapins de Noël certifiés biologiques au Québec sur sa ferme, à Stanstead-Est. Ce pionnier réinvente depuis quelque temps déjà ce symbole du temps des Fêtes, un arbre plus vert que jamais.

Le propriétaire de Sapin Bio Québec n’aurait probablement jamais pensé qu’un jour, il travaillerait dans ces champs. Il faut dire qu’il a d’abord fait sa marque dans le domaine de la production télévisuelle et des arts de la scène. « J’ai une formation de chanteur d’opéra du Conservatoire de Montréal et j’ai fait partie de la comédie musicale Les Misérables pendant trois ans », confie-t-il.

Qu’est-ce qui a bien pu le pousser à quitter la métropole pour s’installer à Stanstead-Est, non loin de la frontière canado-américaine, en 2012 ? « Un copain à moi avait une maison à cet endroit et je venais le visiter de temps à autres. Un jour, il m’a invité à aller prendre une marche et je suis tombé sur cet endroit d’une grande beauté. On y voyait le mont Orford, les montagnes américaines. Il y avait même une rivière qui sillonnait ces terres. Mais, ce qui m’avait frappé, c’était le nombre élevé de sapins qu’on y retrouvait. Je me suis donc entretenu avec le propriétaire. Il m’avait alors dit qu’il n’en avait plus que pour deux ou trois ans, qu’après, il arrêterait, vu son âge avancé. La culture de sapins, ça peut être difficile physiquement. Je lui ai donc proposé de l’accompagner à faire toutes les étapes pour un an. Si, au bout du compte, ça m’intéressait, j’allais prendre entente pour acheter la terre. Et c’est ce que j’ai fait. Comme on dit, j’ai appris sur le tas. »

UNE CULTURE EN LIEN AVEC SES VALEURS

Lorsqu’il est devenu propriétaire de l’entreprise, Daniel Laflèche a voulu changer certaines façons de faire. « Ce n’était pas vrai que j’allais faire pousser des sapins avec une tonne de produits chimiques. Ce n’était pas en lien avec mes valeurs ni dans mon vocabulaire. J’ai donc fait des démarches pour obtenir une certification bio. »

Au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), on l’informe qu’une telle identification n’existe pas pour les sapins. « Je suis donc parti de zéro. On a créé cette certification [Écocert Canada, selon les normes Régime Bio-Canada] et, aujourd’hui encore, je suis le seul à la détenir », précise celui qui en est à sa huitième année de production biologique.

Un sapin biologique est en fait un arbre qui pousse sans engrais chimique, sans pesticide ni produit chimique. Sa culture est peut-être un peu plus ardue, puisqu’elle nécessite plus de main-d’œuvre. « Dans la production traditionnelle, on arrose souvent avec des produits pour éviter que poussent des mauvaises herbes dans les rangs et on oublie tout ça pour un mois ou peut-être même deux, explique M. Laflèche. De notre côté, il faut davantage tailler ce qui pousse entre les sapins. C’est un peu plus long, mais ce qu’on coupe, ça devient un engrais naturel et gratuit. »

Ce que certains considéreront comme des indésirables, le propriétaire de Sapin Bio Québec, lui, les voit comme des avantages. « Quand on plante de nouveaux arbres de 16 pouces de haut sur un terrain où il n’y a plus rien, s’il y a une sécheresse comme on a eu ces derniers temps, ils en arracheront. Ils n’auront plus d’ombre et se déshydrateront rapidement. Les mauvaises herbes protègent le sapin et permettent de garder l’humidité plus longtemps. Pour moi, c’est un plus. »

« Au final, j’utilise aussi beaucoup moins d’engrais [de poulet] que dans la culture traditionnelle. Et mes sapins sont aussi beaux, sinon plus », avance-t-il avec enthousiasme.

DAME NATURE S’EN MÊLE

Qu’elle soit traditionnelle ou biologique, la culture de sapins doit faire face aux soubresauts de Dame nature. L’enjeu des changements climatiques est bien réel, aux yeux de Daniel Laflèche.

Les journées chaudes et ensoleillées d’octobre ont obligé les producteurs à déployer certaines mesures. De nouvelles maladies parasitaires font aussi leur apparition. « Cet automne, on a coupé des sapins en manches courtes tellement il faisait chaud », mentionne-t-il.

Malgré tout, Sapin Bio Québec connaîtra une « très bonne saison », selon son propriétaire.

Son contrat avec les supermarchés Avril lui permettent d’écouler une grande partie de sa production. Certains feront également le « voyage » jusqu’à Stanstead-Est pour se procurer leur sapin bio. « Lors de week-ends, j’ouvre les portes de ma ferme et de petites familles peuvent venir choisir leur arbre. Pour plusieurs, il s’agit d’une tradition. Certains en sont même à la troisième génération. C’est vraiment extraordinaire de voir ça », conclut-il.