«Ne mettez pas tous les producteurs dans le même panier», lancent les propriétaires des Vallons maraîchers

Par Vincent Cliche
«Ne mettez pas tous les producteurs dans le même panier», lancent les propriétaires des Vallons maraîchers
Dans le cadre de leur travail, Nery Alejandro Calel Vargas et Jorge Rolando Gonzalez Sancir surveillent les pousses des Vallons maraîchers. (Photo : Le Progrès de Coaticook - Vincent Cliche)

COMPTON. Dévastée par les piètres conditions de vie des travailleurs guatémaltèques chez l’entreprise Tomates Demers à Drummondville, révélées dans un reportage de Radio-Canada, la copropriétaire des Vallons maraîchers, Josée Gaudet, souhaite que la population ne mette pas tous les producteurs dans le même panier. «Pour nous, nos travailleurs qui viennent de l’extérieur sont extrêmement précieux. Quand ils arrivent ici, ils font partie de notre famille.»

Mme Gaudet et son conjoint, Jacques Blain, ont franchement été secoués. «Ça nous a outrés, confient-ils. Comment peux-tu faire venir de la main-d’œuvre étrangère et les traiter de cette façon? Nous-mêmes, on ne vivrait pas dans de pareilles conditions. On ne pensait pas qu’il y avait des agriculteurs, des gens de notre propre domaine, qui pouvaient le faire. On souhaite que l’opinion publique sache faire la différence et qu’on ne nous mette pas tous dans le même panier.»

La copropriétaire des Vallons maraîchers, Josée Gaudet, montre l’intérieur des différentes unités mises à la disposition des travailleurs agricoles étrangers.

Dans cette optique, la ferme maraîchère des Vallons maraîchers a ouvert ses portes au Progrès de Coaticook pour qu’il vérifie l’état des lieux où séjournent les travailleurs agricoles étrangers. Depuis 2018, année où ils ont pris la décision d’accueillir des gens du Guatémala, les propriétaires de l’entreprise avancent qu’ils ont investi «plusieurs centaines de milliers de dollars» pour les loger. «Ç’a commencé avec l’achat d’une maison mobile de chantier flambant neuve, qu’on est allé chercher dans le nord du Québec, précise Mme Gaudet. À l’intérieur de celle-ci, il y a trois chambres avec quatre lits superposés. Chacun a son petit garde-robe. Il y a aussi deux laveuses-sécheuses, deux poêles et deux frigidaires. On a même posé une thermopompe [air climatisé] pour que ce soit confortable pour tout le monde.»

Tout semble en ordre et on ne détecte aucune moisissure. Seulement quelques papiers et vêtements qui traînent par-ci par-là.

D’autres travailleurs logent aussi à l’intérieur de l’ancienne maison des propriétaires, située à quelques pas seulement de leur lieu de travail. Jacques Blain y demeure encore d’ailleurs les jours de la semaine. «Ils nous ont dit qu’ils se sentaient privilégiés de pouvoir rester avec le patron. Si on ne les aimait pas et si on n’appréciait pas leur travail, jamais on ne les inviterait à venir demeurer avec nous», lance Mme Gaudet.

«Le dimanche, c’est sacré, on ne travaille pas»

Une semaine type de travail se déroule sur cinq journées et demie, du lundi au samedi midi. «C’est le même horaire pour tout le monde, confirme Josée Gaudet. On le sait, c’est intense, mais le travail maraîcher se fait sur une courte période de l’année.»

«On impose aussi des limites au travail, car je sais que si on ne disait pas d’arrêter, eux, ils continueraient sans cesse. Et je suis certaine qu’il y a certains producteurs qui abusent de ça. Chose certaine, le dimanche, c’est sacré, on ne travaille pas.»

L’une des chambres occupées par des travailleurs étrangers aux Vallons maraîchers.

Plusieurs fois au courant de la saison, Jacques et Josée invitent leurs travailleurs à un BBQ ainsi qu’à une baignade. Les travailleurs étrangers ont aussi chacun un vélo, qui leur permet de se déplacer, de même qu’une voiture pour ceux qui ont un permis. «Ils vont faire leurs commissions lors de leur journée de congé. Il y en aussi qui partent en vélo en soirée pour aller rencontrer d’autres travailleurs pour une partie de soccer au Récré-O-Parc. C’est ça la vie dans notre communauté. On souhaite qu’ils s’intègrent ici.»

Nery Alejandro Calel Vargas a laissé sa famille au Guatémala pour travailler quelques mois au Canada. «La vie ici est très bien, lance-t-il en espagnol. C’est une belle opportunité que j’ai de travailler.»

Son collègue, Jorge Rolando Gonzalez Sancir, confirme. «On s’ennuie tout de même de nos familles», ajoute-t-il.

Parlant de communauté, le Marché de soir de Compton organise annuellement une fête dédiée aux travailleurs agricoles étrangers, une initiative saluée par les producteurs. «Il y a deux ans, j’ai invité ma sœur qui travaillait aux Serres Magog, à y participer avec quelques-uns de ses collègues. Un de nos travailleurs y a rencontré son cousin. Il ne savait même pas qu’il était au Canada, et, dans la même région. Ils se sont pris dans leurs bras et ils ont pleuré. C’était tellement émouvant.»

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