John et Theresa Allore : frère et sœur au-delà de la mort

Stéphane Lévesque, Initiative de journalisme local
John et Theresa Allore : frère et sœur au-delà de la mort
John Allore et sa regrettée sœur Theresa. (Photo : gracieuseté John Allore)

TÉMOIGNAGE. Perdre sa sœur, c’est d’une grande tristesse. Qu’elle soit assassinée, c’est un drame. Et que son meurtre demeure un mystère, plus de 42 ans, après avoir été retrouvée dans un boisé de Compton, c’est ignoble. John Allore n’allait pas en rester là. Le combat pour que l’on n’oublie pas Theresa Allore, pour le maintien de son lien avec sa sœur va, immensément, au-delà de la mort pour cet homme qui cherche des réponses… et qui les trouvera.

«Six mois avant sa disparition, on vivait au Québec. J’avais 14 ans au moment de son décès. Je vivais avec mes parents à St-John, au Nouveau-Brunswick. Lorsqu’elle est disparue, cela a laissé ma famille dans une situation de vulnérabilité. Mes parents sont devenus très suspicieux. Nous étions tous très désemparés à ce moment-là», explique John Allore qui, face à la douleur, va se rebeller. «Je me suis mis à ne plus faire confiance au système et aux figures d’autorité.  On savait que la police et le Collège Champlain nous mentaient», ajoute celui qui va commencer sa quête de vérité vers 2000. «C’était un peu après la naissance de mon premier enfant, une fille comme Theresa, une aînée de famille. Donc, on peut dire que psychologiquement, cela a influencé mon désir de chercher des réponses», confie John Allore.

Une recherche qui va amener le frère de Theresa à se rendre souvent à Compton, à l’endroit où sa sœur a été retrouvée. «Maintenant, je ne ressens plus le besoin d’y aller. J’ai visité les lieux à l’été, à l’automne, à l’hiver et au printemps, parce que je voulais savoir à quoi ressemblait le paysage lors des différentes saisons. Et puis bien sûr, chaque fois que quelqu’un d’une chaîne de télévision faisait référence au drame vécu, je retournais sur la scène du crime. À un moment donné, j’y suis allé pour faire une expérience. Theresa a été trouvée portant une montre Timex qui s’était arrêtée à 23 h. Je voulais savoir combien de temps une montre de cette marque continuait à fonctionner dans l’eau, en novembre. J’ai acheté quatre montres Timex sur eBay de l’année 1978 et je les ai placées dans l’eau pour savoir après combien de temps elles allaient arrêter de fonctionner. La moyenne était de 20 minutes. Donc, elle a été laissée sur place 20 minutes avant 23 h», croit-il.
«Who Killed Theresa» en baladodiffusion
Pour revenir à la réaction négative de John et sa famille sur le travail des policiers et des dirigeants du Collège Champlain, il faut savoir qu’au départ, l’enquête n’identifiera pas Theresa Allore comme étant une victime d’un homicide. «La police et l’école ont mis le blâme sur Theresa pour sa mort. Ils ont dit qu’elle avait fait une fugue, une overdose ou que c’était un suicide. Quand on examine les preuves, il est très clair que c’était un meurtre sexuel», indique l’homme qui a creusé pour avoir des réponses. Une quête sur sa sœur et, par la bande, sur de nombreux meurtres à caractère sexuel qu’il relate dans sa baladodiffusion «Who Killed Theresa» (http://theresaallore.com).
«Il y a eu beaucoup de meurtres sexuels non résolus en Estrie et dans la grande région de Montréal dans les années 1970. En cherchant, j’ai observé une faille dans le système de justice de cette époque qui s’est traduite par la destruction de plusieurs preuves (vêtements, ADN, etc.)», relate l’homme qui ne va pas jusqu’à confirmer qu’un tueur en série fut en activité au Québec à cette époque. «Je ne suis pas un criminologue. Heureusement, un de mes bons amis fait partie de la profession. Je vais parler de ses hypothèses dans mon livre».

Une hypothèse cible un camionneur

De son côté, Annie Richard, une spécialiste de l’histoire du crime au Québec, n’hésite pas à affirmer qu’il y a eu des auteurs d’homicides qui se réitèrent dans le temps qui ont sévi à l’époque. «J’investigue en ce moment sur l’hypothèse d’un camionneur qui se déplaçait fréquemment à travers le Québec. Celui-ci semblait en provenance de l’Ontario et transportait des fruits et des légumes, il pourrait expliquer certains cas», avance celle que l’on qualifie de dépoussiéreuse de crimes (https://depoussiereuse.com).
Récemment, la présence d’un tueur en série qui expliquerait des meurtres de femmes qui demeurent à ce jour irrésolues a également été abordée récemment dans la série «Sur les traces d’un tueur en série» à Canal D.

Pourquoi écrire un livre?

John Allore avait, il y a 10 ans, écrit un livre sur sa sœur. N’aimant pas le résultat, il l’avait remisé dans un tiroir. Les astres vont s’enligner quelques années plus tard afin que paraisse «Wish you Were Here» à l’automne 2020. «Je connais mes éditeurs depuis 10 ans. Je connais ma partenaire d’écriture, Patricia Pearson, depuis toujours. Donc, j’ai confiance en elle», souligne l’auteur qui a toujours voulu conserver le contrôle créatif sur sa façon de relater l’histoire de sa sœur et la sienne.

«C’est le cas pour toutes les victimes. On veut transmettre notre message au public, particulièrement si c’est un cas non résolu, mais tu ne veux pas que ton message soit déformé. J’ai eu plusieurs regrets avec certains projets, je sentais que l’assassinat de Theresa était présenté comme une histoire remplie de clichés», dit celui qui a voulu écrire un livre qui allait être apprécié autant par des lecteurs de l’Estrie que ceux du Québec, du Canada, des États-Unis et du monde entier.
Surtout, John Allore ne souhaite pas d’un ouvrage du type «pauvre moi» ou «à la recherche d’un tueur en série». «Ce type d’histoire, je crois que les gens sont tannés de l’entendre. Oui, on tente de répondre à la question qui serait le tueur en série qui sévissait au Québec dans les années 1970. Mais pour moi, la question la plus importante est pourquoi? Pourquoi c’est arrivé? Pourquoi c’est arrivé à autant de jeunes femmes du Québec», rapporte-t-il. «Et je crois que le livre répond à cette question», conclut John Allore.

D’autres cas en Estrie

Manon Dubé

C’est le 24 mars 1978 que le corps de Manon Dubé fut retrouvé par un passant dans un ruisseau du village Massawippi à Hatley. La fillette de 10 ans avait été vue la dernière fois le 27 janvier 1978, en compagnie de sa sœur, alors que les deux jeunes filles revenaient de chez une amie. Selon les informations recueillies à l’époque, la disparition de Manon Dubé est survenue à l’angle des rues Craig et Union à Sherbrooke.

Louise Camirand

Louise Camirand, 20 ans, a été vue pour la dernière fois le 23 mars 1977, vers 20 h, au dépanneur Provisoir, situé au 1780 rue King Ouest à Sherbrooke. Selon le propriétaire du commerce, elle a feuilleté quelques revues et a ensuite quitté en direction de l’arrêt d’autobus, qui se trouvait également dans la direction de son domicile. Le 25 mars 1977, le corps de la victime fut découvert en bordure du chemin McDonell, près du chemin Giguère (aujourd’hui le chemin Duval) à Austin (Magog).

Rappelons que toute information pouvant aider à résoudre ces crimes peut être communiquée à la Centrale de l’information criminelle de la Sûreté du Québec, au 1 800 659-4264.

Le corps de Theresa Allore a été retrouvé près du chemin de la Station

«Theresa Allore, une étudiante du Collège Champlain de Lennoxville, a été portée disparue le 10 novembre 1978. L’enquête démontre qu’elle a été vue pour la dernière fois au Collège, dans la journée du 3 novembre 1978. Toujours selon l’enquête, elle devait prendre part à une rencontre d’amis en soirée, mais elle ne s’y serait jamais présentée.

Le 13 avril 1979, son corps a été retrouvé dans la rivière Coaticook située tout près du chemin de la Station, à environ 1 km du village de Compton. Le 20 avril suivant, son porte-monnaie a été retrouvé sur le chemin McDonald, à environ 10 km de l’endroit où la victime a été retrouvée».

(Source : Sûreté du Québec)

 

Meurtres de femmes non résolus dans la grande région de Montréal et en Estrie

Sharron Prior (Longueuil) 1er avril 1975

Lise Choquette (Montréal) 20 avril 1975

Louise Camirand (Austin) 25 mars 1977

Victime non identifiée (Longueuil) 2 avril 1977

Jocelyne Houle (Montréal) 17 avril 1977

Chantal Tremblay (Montréall) 29 juillet 1977

Johanne Dorion (Montréal) 29 juillet 1977

Hélène Monast (Chambly) 10 septembre 1977

Katherine Hawkes (Montréal) 20 septembre 1977

Denise Bazinet (Montréal) 23 octobre 1977

Manon Dubé (Hatley) 27 janvier 1978

Lison Blais (Montréal) 3 juin 1978

Theresa Allore (Compton) 3 novembre 1978

Marlène Lemay (Montréal) 8 avril 1979

Maria Dolores Bravo (Montréal) 2 juin 1979

Nicole Gaudreau (Montréal) 3 aout 1979

Tammy Leakey (Montréal) 12 mars 1981

Il est à remarquer que les corps de Louise Camirand (Austin), Manon Dubé (Hatley) et Theresa Allore (Compton) ont été retrouvés dans des lieux relativement rapprochés.

 

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