Trois intoxications en 19 jours dans les silos de Coaticook

Par Vincent Cliche
Trois intoxications en 19 jours dans les silos de Coaticook
Une onde de choc déferle sur la communauté agricole de la MRC de Coaticook à la suite de trois intoxications dans les silos de la région. (Photo : archives Le Progrès de Coaticook - Vincent Cliche)

AGRICULTURE. Le décès en juillet dernier de Nicolas Lanciaux, un agriculteur de 33 ans de Saint-Herménégilde, a rappelé de mauvais souvenirs au producteur Marie-Antoine Roy, surtout que deux autres épisodes similaires sont survenus dans autant de silos en 19 jours dans la MRC de Coaticook.

Un fermier reprend du mieux après une intoxication, mais un second serait mal en point après avoir subi les effets néfastes des émanations de gaz. «Ça va prendre combien de morts avant que ça change?, s’inquiète-t-il. Il faut des règles et des meilleures méthodes de travail. Je monte aux barricades, car je ne suis plus capable.»

Le copropriétaire, avec son fils Marc-Antoine, de la Bergerie Malvibois de Sawyerville est très touché émotivement par le drame de la famille Lanciaux. «Elle a perdu un fils. Moi, il y a sept ans, ça aurait pu être un de mes employés qui s’est plaint d’un mal de tête après une tâche d’ensilage, mais il n’a heureusement pas eu de séquelles. J’ai aussi failli perdre un frère dans une préfosse de porc», se confie-t-il.

Briser le tabou

M. Roy invite la communauté agricole à se prendre en main et à adopter de bonnes pratiques. Comment? En suivant des formations offertes par des experts et par l’Union des producteurs agricoles (UPA). «Et en appliquant leurs conseils sur une longue période, pas juste pendant deux semaines, prévient-il. La mémoire de Nicolas Lanciaux doit perdurer, par respect et en solidarité avec la famille. Il faut en parler entre nous et briser le tabou.»

Il fait appel à la prudence et à la vigilance, car la gestion des silos se complexifie avec les années. «On va assurément une vingtaine de fois par année dans les silos, mais il faut briser la routine, cesser l’imprudence et penser que ça n’arrive qu’aux autres. Ce n’est pas vrai, car chaque producteur que je connais a connu au moins une mésaventure sur sa ferme, comme des chutes, des vomissements ou des pertes de conscience.»

Comme il mentionnait récemment à La Terre de chez nous, il souhaite que chaque producteur se rappelle qu’en «entrant dans un silo, c’est comme avoir un fusil et ne pas savoir quand il va partir».

Des formations cet automne

L’UPA partage les préoccupations de M. Roy. Elle souhaitait offrir bientôt un atelier de sensibilisation aux bonnes pratiques dans les silos. L’organisation présentera plutôt une formation à ce sujet dans chacune des MRC cet automne.

Selon la porte-parole de l’UPA, Valérie Martin, ce sera une occasion pour les producteurs de parler prévention et de découvrir des outils comme des détecteurs de gaz. «Je comprends que plusieurs sont trop pressés et en surcharge de travail pour s’attacher ou porter un masque, par exemple, mais il faut être plus vigilant. 2000 $ ou 3000 $ pour acheter un détecteur entre voisins, ce n’est pas cher pour sauver une vie», explique-t-elle.

Le président de la section de Coaticook de l’UPA, Philip Stirnimann, est bouleversé pour les derniers événements. «Ça me touche, car on connaît les victimes et on prend aussi des risques sur nos fermes. Aller dans les silos est devenu une routine, mais ça demeure dangereux. Ça prend de la formation et des appareils performants de détection pour éviter les drames. Mais il faut s’en servir, savoir comment les utiliser et, surtout, participer aux formations», encourage ce producteur de Sainte-Edwidge-de-Clifton.

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