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Stress post-traumatique: le combat intérieur d’un militaire


Publié le 14 juin 2017

Christian Courtemanche à son arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Il a notamment marché 800 km pour chasser ses démons.

©Photo gracieuseté

COMPOSTELLE. Affligé d’un stress post-traumatique depuis quelques années, le militaire d’origine magogoise Christian Courtemanche a pris les grands moyens pour alléger ses souffrances acquises pendant des expériences militaires à l’étranger: marcher 800 kilomètres sur les chemins de Compostelle.

Photo gracieuseté

L'homme qui habite Gatineau vivait déjà mieux avec ses souffrances lorsqu’il a amorcé son périple au pied des Pyrénées, en France, en avril dernier. Cette randonnée de 30 jours faisait cependant partie du processus de guérison offert aux vétérans victimes de blessures physiques et mentales.

On ne prend jamais le temps de réfléchir, car on est toujours branché sur la télé, l’ordi ou le cellulaire. C’est rare qu’on se retrouve seul avec soi-même. Je n’avais jamais fait ça, prendre le temps de penser.

Christian Courtemanche, militaire d’origine magogoise ayant complété Compostelle en avril dernier

Photo gracieuseté

Son «orgueil de mâle mal placé» et «faire le dur», comme il le dit, l’a tenu un certain temps avant que le «vase éclate», qu’il mette un genou par terre en 2011. «J’ai vécu des années noires. J’ai eu des idées suicidaires. J’ai eu des comportements inappropriés et fait des abus. Mais ça va mieux depuis que j’en parle», avoue-t-il.

Quelques expériences douloureuses à l’étranger (voir tableau) expliquent, selon lui, l’état de stress post-traumatique qui le fait souffrir. L’impuissance face aux nombreuses victimes et la proximité avec la mort et la souffrance l’habiteront toujours.

Le militaire cible un événement qui l’a fait particulièrement craquer. C’était en 2007, en Afghanistan, pendant la sanglante guerre contre le terrorisme déclarée par l'administration Bush à la suite des attentats du 11 septembre à New-York et Washington.

«Ça brassait beaucoup pendant cette chasse aux Talibans. J’étais responsable d’un convoi de quatre blindés quand un véhicule menaçant et suspect se dirigeait vers nous. J’ai donné l’ordre de tirer. Ça a sauté. Il y a eu des morts», confie-t-il.

Les gouttes qui font déborder le vase

Les années suivantes ont également été difficiles avec de l’aide humanitaire accordée en Haïti en 2008 et 2010. M. Courtemanche n’était pas responsable des morts, mais la proximité de milliers de victimes le tourmente encore aujourd’hui. Puis, en 2013, des événements personnels enfoncent le couteau plus profondément. C’est la déroute de l’esprit, la lumière s’éteint…

«Je souffrirai toute ma vie, mais il existe heureusement des façons de gérer cette souffrance. Des médicaments bien sûr, mais on doit aussi briser le cercle vicieux de l’isolement. Il faut sortir du sous-sol. Compostelle, c’est un peu ça, mais l’aide et la compréhension de ma conjointe ont été extraordinaires», témoigne-t-il pour aider les autres.

Christian Courtemanche a été longtemps officier d’affaires publiques pour l’Armée canadienne, avant son congé de maladie. Aujourd’hui, il poursuit sa carrière militaire à titre d’officier de liaison diplomatique. Il fait le lien entre les Forces armées et les ambassades de la France, de l’Allemagne, de la Chine, de la Russie et de la Tunisie, basées au Canada.

Il terminera sa carrière prématurément en juin 2019 en raison de sa maladie.

«J’ai eu un choc, ce n’était pas le Mont-Orford»

Christian Courtemanche avait besoin d’un défi pour remonter la pente, mais il ne connaissait pas l’ampleur de la tâche quand il a été sélectionné par l’Armée canadienne pour vivre Compostelle.

«Je me suis inscrit quand j’étais à l’hôpital militaire en février 2016. J’ai appliqué sans savoir de quoi il s’agissait. J’ai vite compris que ce n’était pas le Mont-Orford», résume-t-il aujourd’hui sans regret

Le militaire d’origine magogoise, qui habite aujourd’hui Gatineau, a fait l’ultime parcours de Compostelle, ce qui représente 800 km en 30 jours. En retirant quatre petits jours de repos, il a cumulé une moyenne quotidienne de 30 km à pied, atteignant parfois des pointes de plus de 40 km par jour, avec 30 livres sur le dos.

Le départ a été fait au pied des Pyrénées, à Saint-Jean-Pied-de-Port (France).

L’arrivée, 800 km plus loin, était Santiago de Compostela (Saint-Jacques-de-Compostelle), en Espagne.

Les chemins de Compostelles, qui correspondent à plusieurs itinéraires en Espagne et en France, ont été créés au début du 9e siècle. Depuis 2013, ils attirent plus de 200 000 pèlerins chaque année.

Christian Courtemanche a profité de ses 50 ans pour prendre une pause, un recul et un moment pour réfléchir à son avenir. «On ne prend jamais le temps de le faire, car on est toujours branché sur la télé, l’ordi ou le cellulaire. C’est rare qu’on se retrouve seul avec soi-même. Je n’avais jamais fait ça, prendre le temps de penser», conclut-il.

 

Expériences militaires et aide humanitaire

2005

Séisme à Islamabad (Pakistan) ayant causé la mort de 79 000 personnes

2007

Conflit contre les Talibans en Afghanistan

2008

Ouragan et inondations meurtrier en Haïti

2010

Séismes en Haïti (300 000 morts)