Si on pouvait entendre battre le cœur du centre-ville de Coaticook, on l’entendrait tout près de la croisée de deux artères principales. En fait, ses battements résonnent vraiment. Ses pulsations font naître une vie qui se répercute partout autour.
Pourtant, sa présence, comme une évidence, passe assez inaperçue pour qu’il faille nommer l’endroit : le Pavillon des Arts et de la Culture de Coaticook se targue d’être cet organe qui insuffle la vie. L’ambition de son directeur? « On veut faire de la vie culturelle le coeur de la vie à Coaticook », pose Marc Boudreau.
L’idée n’est pas aussi farfelue ou inaccessible qu’elle peut sembler au premier abord. Les réalisations concrètes pour y parvenir sont documentées, mais elles aussi, peuvent passer inaperçues si on ne s’y arrête pas.
« Cette année, le Pavillon a reçu 11 productions locales », note M. Boudreau, soulignant au passage la qualité de ces productions. Parmi celles-ci, Valérie Crête, Ti-Pit Diamond, Mike Goudreau… « Ces spectacles représentent 20 % de toutes les entrées au Pavillon », ajoute-t-il.
Preuve que le public est derrière « ses » artistes, ce sont les spectacles des « locaux » qui sont les plus faciles à vendre, sans même que la machine à marketing du Pavillon n’ait à se mettre derrière. « C’est la force du réseautage », estime Francine Ferland, bénévole de la première heure de l’endroit. Les gens d’ici tiennent à voir leurs proches, parfois même de vagues connaissances, sur une scène professionnelle.
C’est ce que leur offre le Pavillon, une scène professionnelle. « Valérie Crête a été ici une semaine avant de présenter son spectacle, avec ses musiciens. Elle a pu pratiquer directement sur la scène », illustre M. Boudreau. En comparaison, à Sherbrooke, les artistes pratiquent dans des garages, de vieilles écoles, « ils préparent leur shows dans des conditions abominables ». Les artistes locaux qui se produisent à Coaticook le font à une fraction du prix.
Pas étonnant qu’ils adoptent l’endroit. Mais l’endroit appartient aussi à la population locale de manière plus générale. Des 10 000 entrées annuelles au Pavillon, la moitié ne sont pas en lien avec les spectacles professionnels. 50 % des entrées sont pour voir un artiste local, assister à une formation, prendre un cours. « Bienvenue dans VOTRE Pavillon », nous dit-on quand on y entre.
« Pour le ministère de la Culture, ce n’est pas ce qui compte, remarque le directeur. Pour obtenir notre subvention, la règle est de présenter une vingtaine de spectacles professionnels par année. » Des spectacles qui sont courus. Mais tout le reste, même si le gouvernement en est heureux, représente avant tout la grande satisfaction des acteurs locaux, qui vivent la culture comme un événement perpétuel auquel chacun prend part. Une expérience à part entière, une expérience qui se partage.
Marianne Dandurand,
Coaticook
