Marc a 19 ans. Il y a quelques années, un grave accident de VTT l’a laissé avec un handicap physique important. À la suite de cet accident, il est devenu clair qu’il ne pourrait jamais prendre la relève de l’entreprise agricole.
Marc est déprimé : il fait le deuil de la ferme et celui d’un «physique normal». Pour ajouter à sa douleur, il doit vivre avec les reproches constants de son père. À cause de «l’insouciance» de Marc, la ferme n’aura jamais de relève. Le père répète «qu’il a trimé dur pour SON fils, et qu’aujourd’hui il doit mettre fin à SES rêves». Il tient Marc responsable des malheurs de toute la famille. Pas un instant, il a fait savoir à son fils qu’il avait de la peine pour lui.
Depuis une dizaine d’années on entend parler de problèmes de relève. Deux idées se confrontent : c’est terrible de ne pas avoir de relève ou c’est terrible d’en avoir. Mais qu’est-ce qui est si terrible?
Lorsqu’on est pessimiste comme producteur (parent) et que, pendant des années, la relève a été découragée et a bien compris qu’il n’y a pas d’avenir pour elle, oui c’est terrible.
Lorsque l’endettement est très élevé, que les possibilités de revenus sont trop minces ou que l’appétit des parents est tellement grand que cela nuit à tout transfert, oui c’est terrible.
Lorsqu’on a découragé nos enfants à force de leur faire faire des heures interminables sur la ferme, que l’entreprise leur a volé leur enfance ou encore leurs parents et qu’à cause de cela, ils ne veulent plus rien savoir de l’agriculture, oui c’est terrible.
Enfin, comme pour le père de Marc, lorsqu’on se soucie davantage de la relève pour notre entreprise que du bien-être de nos enfants, ça aussi c’est terrible.
Est-ce possible que nos garçons ou nos filles se passionnent pour un autre métier, malgré un bon environnement familial, des parents optimistes et une situation financière saine? Oui, c’est possible.
Pour réussir en agriculture comme dans plusieurs métiers, il faut avoir le talent mais aussi la passion. Tous les enfants de médecins ne sont pas nécessairement attirés par la médecine. Et ce n’est pas si terrible.
Parfois, des producteurs me disent qu’ils ont bâti une étable neuve et acheté 40 kilos pour la relève, relève qui a à peine 12 ans, et parfois 2 ans… Ces mêmes producteurs répètent à leurs enfants que c’est pour eux qu’ils ont réinvesti et qu’ils travaillent tant. Sachez, chers producteurs et parents, que c’est pour vous que vous faites cela, c’est votre propre rêve que vous poursuivez. Avec ce genre de discours, on peut comprendre que certains jeunes se sentent obligés de prendre la relève.
Serions-nous prêts, comme parents, à mettre la même énergie, les mêmes ressources pour que nos enfants puissent avoir un garage automobile, une galerie d’art, devenir comédien, chanteur ou dentiste, si c’est vraiment cela qui les passionne?
Aimer nos enfants, c’est vouloir le meilleur pour eux. C’est les encourager dans ce qu’ils veulent vraiment, dans ce qui les passionnent. Aimer nos enfants, c’est surtout les laisser libres de choisir leur vie d’adulte.
Aimer nos enfants, c’est vouloir le meilleur pour eux et c’est les laisser libres de choisir leur vie d’adulte.
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