Ces rassemblements nocturnes, qui ne concernent pas les commerces voisins, se font derrière l'établissement en question, sur la rue Saint-Jacques Sud, dans le grand stationnement où une simple haie de cèdres le sépare de la résidence de Catherine. Plusieurs dizaines de jeunes se donnent rendez-vous à cet endroit pratiquement toutes les fins de semaine. Cependant, certains délinquants ne se contentent pas que de passer du bon temps ou de boire quelques consommations. Ils prennent plaisir à faire peur à Catherine en s'immisçant dans sa vie privée et en hantant son train-de-vie quotidien.
«Au début, ça a commencé avec des dérapages en voiture dans le stationnement qui n'est pas asphalté, raconte Catherine visiblement troublée, qui se fait la porte-parole d'une dizaine de citoyens. On recevait des roches sur notre propriété et une fenêtre a même été cassée. Mais encore là, ce sont des choses qui arrivent. Cependant, à force de les avertir, ces jeunes ont pris plaisir à nous narguer. Au lieu d'arrêter, ils ont continué en allant toujours un peu plus loin et depuis ce temps, notre vie, c'est l'enfer.»
En plein milieu de la nuit, des feux d'artifice ont été lancés sur sa maison, des jeunes se sont amusés en s'assoyant dans la balançoire située sur son balcon. Mais plus récemment, soit le 30 juin dernier, les voyous ont dépassé la limite du tolérable selon Catherine, soit la goutte qui a fait déborder le vase de plusieurs années d'angoisse et de souffrance accumulées. «Il était environ minuit et je venais d'arriver chez moi avec mes deux enfants lorsque des jeunes ont commencé à frapper dans nos fenêtres et nos portes. Ils ont même essayé de forcer les serrures. J'étais tellement terrorisée que j'ai éclaté en sanglots en appelant les policiers. Ma fille était aussi prise de panique. Comme mère, ça fait si mal de voir son enfant dans cet état. Comment lui expliquer que des gens s'en prennent à nous sans aucune raison? La méchanceté, je pensais lui apprendre au secondaire, pas à six ans. Ça me bouleverse complètement.»
Ne se sentant plus en sécurité chez elle, Catherine n'a d'autres choix, lorsque c'est possible, que de plier bagages les week-ends avec ses enfants pour aller dormir chez ses parents, à Sherbrooke. Car sa plus grande frayeur, ce ne sont pas les gestes commis jusqu'à présent, mais bien de ne pas savoir ce que ses agresseurs feront la prochaine fois et jusqu'où seront-ils prêts à aller pour l'intimider. «Vont-ils arracher nos plantes? Briser nos véhicules? Mettre le feu à notre bac de récupération et qui sait, cela pourrait se propager à notre maison? On est tellement épuisé et affecté mentalement qu'on s'imagine plein de scénarios. Ça me fait peur de dénoncer, mais d'un autre côté, si le pire survient, je vais le regretter toute ma vie de ne pas l'avoir fait», confie Catherine, qui espère que son témoignage fera réaliser aux principaux concernés la portée de leurs gestes et à quel point ils font souffrir de simples innocents.

